20 ans – Comment il a ruiné sa vie

Il avait tout, il suffisait de...

Il n’a jamais été, loin s’en faut, un pacificateur. Kamerhe fut un manipulateur. Un manipulateur certainement hors pair.

Qu’il se soit affublé de ce titre vulgarisé par des musiciens stipendiés, en dit long sur ce qu’il est ou a été.

Il pourrait s’appeler tout en effet sauf «le Pacificateur». Lui qui, à ce jour, a nargué qui il a voulu pour être, rester, perdurer. Lui qui a livré les batailles les plus féroces. Même contre ce Rwanda, pays qu’il connaît le mieux, dont il se dit le plus proche, dont il parle la langue, qu’il a retrouvé le 13 mars 2019 après la victoire à la présidentielle de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et est revenu le 26 mars 2019 aux côtés du Président de la République, avec la même chaleur qu’il l’a renié et l’a combattu, se servant des guerres rwandaises qui passent opportunément trop mal au Congo et qui s’arrachent, pour qui sait les vendre, politiquement et électoralement dans les Kivu.

TERRIBLE PREDICTION D’UN EX-AMI.

Il lui avait prédit ce destin funeste qui, inexorablement, paraît lui arriver huit ans plus tard par le cerveau et le courage d’un magistrat, le procureur général près la Cour d’Appel de Matete, Alder Gisula Betika Yeye, l’Antonio Di Pietro congolais, engagé comme jamais, à ce jour, à l’instar du célèbre procureur de la Mani Pulite italienne, dans des procès anti-corruption et d’autres de détournement des deniers publics visant in fine l’assainissement de la scène politique au point d’avoir instruit un dossier dont une tête, la première, et pas n’importe laquelle et on l’espère, qu’elle ne sera pas la dernière, vient de tomber avec fracas avec le jugement prononcé au premier degré le samedi 20 juin 2020 à la chambre foraine de la prison centrale de Makala, jamais, à ce jour, prononcé dans ce pays. Vingt ans de travaux forcés; dix ans autres de non-éligibilité après qu’il a accompli la première peine. Outre la confiscation des fonds et de biens meubles... Une catas ! Il avait pourtant tout été dans ce pays. Il avait fait rêver tant.

Comment avoir réalisé un tel exploit et détruit autant de rêves, enfumé tout le monde sauf les siens biologiques?

On aurait bien voulu par exemple qu’une question lui fût posée, à lui, cousin de Masaro, sur le mur de million de $US qu’exhibe sur les réseaux sociaux son cousin et le somptueux et rutilant parc automobile qui est désormais le sien. Sa réponse aurait pu certainement faire rire toutes les vaches de sa ferme... Comme tout personnage public, il y aura toujours une opinion pour contester le verdict. Et croire à un procès politique. Et pourtant!

Augustin Katumba Mwanke avait eu l’honneur, me dit-il un jour, de me recevoir, en tête-à-tête, deux fois, deux jours d’affilée.

Une première fois à son minuscule bureau officiel d’une concession privée cédée à l’AMP, l’Alliance de la Majorité Présidentielle. Quatre heures durant. Une seconde fois, le lendemain, à quelques encablures de là, à nouveau quatre heures durant, dans une autre minuscule pièce qui lui servait de bureau dans une petite bâtisse contiguë de son habitation, non loin de la Jewels International School of Kinshasa, l’école indienne de la capitale congolaise.

La première fois, le tout puissant Vice-Président de la République vissé dans un fauteuil quelconque, fondit en larmes quand il évoqua la mort de Guillaume Samba Kaputo en août 2007 en Afrique du Sud, officiellement des suites d’un arrêt cardiaque.

Puis m’annonça sa décision de quitter son poste de Secrétaire exécutif de la Majorité Présidentielle.

«Je n’en peux plus avec ces traîtres» qui siègent au Bureau politique de l’AMP, me dit cet homme à la fois trop puissant néanmoins détesté unanimement au point où quand il périt en février 2012 dans un mystérieux crash aérien intervenu à l’atterrissage du jet privé, à l’aéroport de Kavumu, à Bukavu, au Sud-Kivu, à bord duquel il avait pris place, ses amis ne voulurent pas laisser son corps passer une nuit dans la Capitale.

Aussitôt revenu à Kinshasa, une courte séance avait suffi au Palais du Peuple, son vieil ami Boshab a prononcé une violente oraison funèbre, et le corps était reparti à l’aéroport. Direction cette fois : Lubumbashi avant Pweto, sa ville où il repose.

Ce jour-là, Katumba Mwanke m’expliqua que c’en était fini pour lui la politique. Il avait décidé de consacrer sa vie désormais à protéger «le Chef, le Raïs Kabila». Il ne voulait plus se mêler des politiques...

«Je dois protéger le Raïs. Car Vital vient de tuer Guillaume. Il ne va pas manquer d’éliminer le Chef... Je ne peux pas accepter».

Face à une telle accusation, je n’avais plus ma voix. Comment Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, aurait pu donner la mort au conseiller spécial du Président de la République en matière de sécurité? Samba et Kamerhe pourtant formé un duo à la tête de la délégation gouvernementale partie au Dialogue inter-congolais qui mit fin le 19 avril 2002 aux guerres des rébellions du RCD et du MLC par un accord dit de Sun-City.

Ce dialogue avait eu lieu au lendemain de l’assassinat à Kinshasa, le 16 janvier 2001, dans son bureau, du président Laurent-Désiré Kabila qui, avec des armées rwandaise, ougandaise et angolaise, érythréenne, mit fin aux années Mobutu.

«Vital a mis Guillaume dans un tel état que Guillaume a fini par craquer. Mais, Vital va marcher à pied ici à Kinshasa...».

Je n’en pouvais plus.

Des phrases répétées à l’envi qui vous glacent le sang. J’étais hors de moi... A nouveau, pourquoi et comment Kamerhe aurait-il agi pour faire «craquer» un conseiller spécial du Président de la République en matière de Sécurité? En même temps, comment un homme, fut-il Katumba Mwanke, peut-il prédire l’Enfer à un autre et, en plus, à un acteur politique d’un tel rang? Qui est-il pour prophétiser un tel avenir à un autre?

Face à cette éminence grise incontournable du Président, je restais sans voix... Qu’est-ce qui aurait pu se passer entre Vital et Guilaume? Vital avait-il pris Guillaume la main dans le sac dans un dossier avant de lui faire du chantage? Au lendemain du Dialogue de Sun City, Guillaume aurait-il empêché Vital de prendre l’une des quatre vice-présidences du régime 1+4 qui revenait, dans le «partage équitable et équilibré», à la plate-forme Gouvernement?

Il est vrai que celui qui, à Sun City, se fit appeler «l’attaquant de base et de pointe» pour son discours virulent contre la délégation du RCD-Goma soutenue par le Rwanda, avait dû se retrouver de justesse dans le partage contraint d’accepter de se contenter d’un maroquin de moindre importance, le ministère de l’Information et de la Presse qu’un ancien journaliste de radio résidant en Afrique du Sud, Barnabé Kikaya Karubi, avait sportivement abandonné.

Mais AKM avait plus d’arguments à me faire valoir.

«Vital était des nôtres, m’expliquait-il. Il était prévu qu’il succède au Chef (dont le mandat arrivait à terme avant d’être exceptionnellement prolongé, ndlr). Il le savait. Il n’avait qu’à travailler et à attendre son tour. Le poste lui revenait de droit. Il a tout gâché. Il a commencé par tuer Guillaume. Il ne restait qu’à éliminer le Chef. Ça, je ne peux l’accepter...».

Je l’écoutais longtemps, très longtemps sans réagir sauf pour dire à cet homme de petite taille, physiquement frêle, que nombre de ses collègues à l’Assemblée nationale, ne connaissaient pas tellement il n’avait jamais pris la parole et qu’il n’attire aucun regard quand il est dans les travées de l’hémicycle, que s’il voulait «protéger le Président», il n’avait pas à quitter son poste au Bureau politique de la Majorité Présidentielle qui enferme de grosses pointures susceptibles de faire mal.

Au contraire, il devait garder ce poste, travailler en interne à changer ceux qui l’entourent, faire bouger les lignes de sympathie, auprès de ce cercle et auprès des Congolais qui ne connaissaient pas son Chef.

Katumba Mwanke ne m’avait pas entendu. Il ne se passa pas une semaine qu’il officialisait son départ. L’annonce en fut faite un jour de décembre 2009 par son adjoint, un homme aux ordres, un Mobutiste repenti, Louis Alphonse Koyagialo Ngbase te Gerengbo qu’il désignait à sa succession mais dont l’avenir politique fit étrangement trop bref.

PARCOURS POLITIQUE CONTROVERSE.

Si, Koyagialo, Vice-premier ministre en charge des PTNTIC dans le Gouvernement Muzito en septembre 2011 avant d’assurer l’intérim du Chef du Gouvernement du 7 mars au 9 mai 2012 à l’élection de Muzito à la députation, avait succédé le 10 juin 2013 comme vingt-huitième Gouverneur du Grand Équateur, à l’ex-abbé Jean-Claude Baende Etafe Eliko combattu comme jamais un homme ne l’a été par l’élite politique de sa province, l’homme connu dans le monde dans l’affaire du massacre du campus de Lubumbashi du temps où il fut gouverneur du Katanga sous Mobutu, ne prit jamais ses fonctions à Mbandaka. Deux mois plus tard, en septembre, il fut foudroyé par une maladie inconnue. Hospitalisé à Kinshasa, évacué en Afrique du Sud, il mourut le 14 décembre 2014 à Johannesburg.

Avec l’épilogue samedi dernier 20 janvier à la prison de Makala du premier procès anti-corruption et de détournement des deniers publics qui a vu la condamnation d’un homme à vingt ans de travaux forcés et à dix ans d’inéligibilité après qu’il a épuisé sa peine outre la confiscation de ses fonds dans des banques et de ses biens meubles et immeubles, la prédiction de Katumba Mwanke est-elle en voie de se réaliser huit ans après la disparition de celui qui fut l’homme fort de la Kabilie et qui le reste encore aujourd’hui?

Il fut tout au Congo. Co-fondateur du parti présidentiel PPRD dont il est le premier Secrétaire général de l’histoire, il est choisi directeur de campagne de Joseph Kabila pour la Présidentielle de 2006. Poussé à la porte par ses camarades PPRD comme Président de l’Assemblée pour avoir critiqué l’appel fait par Kabila aux troupes rwandaises de venir au Congo se battre aux côtés des forces loyalistes contre des mouvements armés, Vital Kamerhe Lwa-Kanyiginyi Nkingi abandonne son marteau trois ans après qu’il a conduit son mentor à la victoire.

S’il broie du noir, l’homme de Walungu organise son rebond et, une année plus tard, lance en décembre 2010, son propre parti politique, UNC, l’Union pour la nation congolaise, avant de se porter candidat à la Présidentielle du 28 novembre 2011.

Les chiffres officiels de la Commission électorale nationale indépendante lui attribuent 7,74 % des voix. Soit la troisième place. Beau score...

Il a affronté l’opposant historique, le président de l’UDPS, l’Union pour la démocratie et le progrès social, Étienne Tshisekedi wa Mulumba et refusé de former un ticket hostile à son ancien mentor Kabila mais dont il conteste la victoire au profit de celle du «Sphinx» arrivé, selon la CENI, à la seconde place.

Il n’empêche! Celui qui, en politique, a fait ses premières armes comme militant du Frojemo (Front des jeunes mobutistes du MPR-parti-Etat) et que des camarades du campus de Kinshasa accusent d’avoir joué un rôle d’«informateur» des services de sécurité, a rejoint en 1983 les jeunes partisans de l’UDPS d’Étienne Tshisekedi.

Quand le régime Kabila fait face à une crise politique sans précédent et annonce un «glissement» de mandat, Kamerhe prend la tête d’un groupe de personnalités de l’opposition qui participe en septembre et en octobre 2016 à un dialogue de Kabila, celui de la Cité de l’Union Africaine boycotté par toutes les têtes couronnées de l’opposition qui préparent au contraire au même moment une grande rencontre qui ouvrira ses travaux en juin 2016 à Genval dans une banlieue de Bruxelles.

Kamerhe a accepté de venir après que le médiateur de l’Union Africaine, le Togolais Edem Kodjo lui eût annoncé que Kabila lui donnerait la direction du Gouvernement d’Union nationale qui en serait issu mais ce poste lui est finalement refusé. Il ira le 17 novembre 2016 à l’un des membres de la délégation conduite par Kamerhe, l’ex-UDPS Samy Badibanga Ntita.

Mais, face à l’ampleur de la crise, il faut rechercher un plus large consensus...

Très fortement contesté par l’opposition qui l’a surnommé «Kamerhéon», Kamerhe parvient miraculeusement à rallier le nouveau dialogue mené par les ecclésiastiques.

C’est le dialogue du Centre inter-diocésain qu’a rejoint le Rassemblement de l’opposition réuni à Genval et qui donne lieu à l’Accord de la Saint-Sylvestre mais, à nouveau, le 18 mai 2017, la Primature échappe à Kamerhe. Et, rebelote, elle va à un autre ex-UDPS, Bruno Tshibala Nzenzhe.

Kamerhe a beau participer à chaque dialogue, c’est tout sauf Kamerhe. Marqué au fer par la ligne Katumba Mwanke, la forteresse n’ouvre pas. Elle accepte quiconque vient de lui. Sauf lui…

Mais qui a écrit que les carottes sont cuites? Il aurait dû soulever une exception. Les carottes peuvent être cuites, elles ne le seront pas pour tout le monde. Jamais pour un acteur d’une certaine trempe...

Car voilà qu’une présidentielle s’annonce et que tous font bloc contre lui. Fayulu, Bemba sorti de prison à La Haye, Moïse Katumbi Chapwe...

Ce dernier, très proche de Katumba Mwanke. Il n’a pas oublié Kamerhe. L’étranger qui, dans sa ville de Lubumbashi où il règne en maître absolu, a osé l’affronter et l’humilier, sur ses terres...

Président de l’Assemblée nationale qui venait d’être élu fin décembre 2006 et qui doit encore faire ses preuves, atterrit sur la piste de la ville cuprifère, désigné pour représenter le Président de la République aux festivités de l’indépendance le 30 juin 2007.

Et Kamerhe qui estime qu’il lui revient à lui et à lui seul, au titre de représentant du Président de la République, non de se précipiter à aller s’asseoir à la tribune d’honneur, mais de passer les troupes en revue, puis d’être accueilli par le gouverneur à la tribune au terme de ce passage des troupes. Un air déjà de Président... avant l’heure. Le puissant gouverneur oppose un refus catégorique. Le début des cérémonies attendra tant que l’accord n’a pas été trouvé. MKC reste cloué dans sa résidence, attendant une entente.

Spécialiste de la parade, Kamerhe s’est éloigné. Il fait intervenir le Président.

Des députés de la délégation, avec Augustin Katumba Mwanke qui fut ici gouverneur sous Mzee, assistent à l’incident, incrédules.

Quand Moïse Katumbi Chapwe déboule, debout, dans la limousine réhabilitée ayant appartenu à l’autre roi du Katanga, Moïse Tchombe, nul ne sait comment l’affaire s’est conclue.

Dans la course pour la Présidentielle de novembre 2018, il réussit un autre exploit : se faire adouber aux diverses rencontres d’opposants anti-Kabila qui recherchent, sous une médiation internationale, un candidat commun susceptible d’affronter avec succès le dauphin de Kabila, les pays de la région, reprenant des thèses occidentales, ont juré de ne plus voir Kabila tenter de se succéder à lui-même. L’initiative qui consiste à faire barrage à Kabila ou à l’un des siens, est menée par un team d’organisations sud-africaines qui, soudain, se trouve en rupture de subventions. Qu’importe!

D’autres milieux anti-Kabila - certainement des miniers très décidés - prennent la relève, mettent la main à la poche et, début novembre 2018, la rencontre de Genève peut avoir lieu. Pourtant, attiré dans les filets, Kamerhe n’est pas au bout de ses peines. Le manipulateur n’a vu aucun coup quand il lui est dit que c’est à lui qu’irait la candidature commune.

Celle-ci sera attribuée à la suite d’un vote - pas sûr qu’en l’espèce, ce soit un mode pertinent de consensus - au plus faible, à l’élu de Kinshasa, à Fayulu qui a promis que s’il devenait Président, il organiserait des nouvelles élections au bout de deux ans et quitterait le pouvoir.

Plébiscité président du Rassemblement d’opposition après le décès de son père, l’homme qui occupe ce poste créé sur mesure pour lui et par des adeptes et qui aurait logiquement dû lever cette candidature commune, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a également été écarté. Mais son parti et lui-même n’avaient jamais envisagé une autre candidature que la sienne et annoncent ce même 11 novembre 2018, bien avant que la nuit ne tombe, le retrait de la rencontre de Genève et, aussi incroyable que cela paraisse, Kamerhe a senti le mouvement et l’a rejoint. Du coup, la donne change.

LE ROI EST MORT, VIVE LE ROI.

Ainsi naît, le 23 novembre 2018, à Naïrobi, sous l’égide du président kenyan Uhuru Kenyatta, la plate-forme électorale CACH, Cap pour le changement, que consolident à Kinshasa, d’autres personnalités et qui va porter Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo au pouvoir.

Kamerhe a-t-il sous-estimé le fils du Sphinx que pourtant des observateurs disent qu’il porte 90% de l’ADN politique de son père? A voir sa posture après sa nomination comme Directeur de cabinet du Président de la République, tout porte à le croire.

A la Cité de l’Union Africaine où le Président de la République travaille le plus souvent, le Chef de l’Etat n’a pas accès à ses appartements ou n’en sort pas sans être vu, approché, voire invité par ce DirCab très entreprenant qui a aussi déménagé et a pris ses quartiers dans l’un des salons qui donne aux appartements présidentiels. Là, il fait défiler en nombre ses premiers invités, des dirigeants d’entreprises publiques et privées qu’il raccompagne à la sortie, du bâtiment, comme s’il état maître des lieux, mais signe de grande classe. Si le DirCab n’est pas une entité constitutionnelle, cela ne l’empêche pas d’affréter des jets privés, d’embarquer à bord femme et enfants et de poster au monde des photos de paradis.

En public, il prend la main ou tient l’épaule du Président et passe un message sans équivoque : il y a un couple à la Présidence de la République. De même, il se dispute sinon la présidence, du moins, la préséance avec le Chef de l’Etat, faisant de l’officier d’ordonnance l’homme qui a mission de protéger et le Président et le DirCab. Dans la ville haute, on s’alarme et le protocole se fait incendier quand l’avion présidentiel atterrit et que le Président emprunte la passerelle non avec son officier dans son dos mais avec son DirCab comme si le militaire se trouvait là pour assurer la garde des deux hommes.

Quand il sent que le couple pourrait, dans la perception publique, battre de l’aile en voyant le Président ne l’associe plus à certaines manifestations, il monte au front dans les médias, affirme qu’il n’est pas un DirCab «comme un autre». «Je suis d’abord le partenaire du Président de la République».

Quand la suspicion s’enfle, il pousse le dysfonctionnement jusqu’à produire, devant caméras, le drapeau du pays planté, un compte-rendu d’une rencontre ayant réuni le Président et son prédécesseur...

Le message est le même qui passe auprès de ses partenaires en affaires : admirez cette proximité et tirez-en les conclusions... «Je ne l’ai jamais retoqué et il ne m’a jamais retoqué...»

Lors de la publication au matin de fin août 2019 de l’équipe gouvernementale Sylvestre Ilunga Ilunkamba, on le voit au petit matin, face au porte-parole, les yeux rivés sur une copie de l’ordonnance présidentielle suivant mot à mot, jusqu’à la fin qu’une exacte lecture a été donnée.

Ce CACH légitimé qui a porté le fils du Sphinx au pouvoir et dont le nom revient de temps à temps, n’a pu exister, voici près de deux ans depuis la victoire à la présidence de la République de la plate-forme.

Craignant l’arrivée sur scène d’hommes pouvant lui faire de l’ombre, il s’assure qu’il est seul face au Président convaincu que cela est mieux ainsi. N’a-t-il jamais confiance qu’à lui-même?

C’est ainsi que Kamerhe a commencé sa descente aux Enfers et qu’il a inéluctablement ruiné sa vie.

Après avoir échoué toute reconnaissance politique - ni le poste de Vice-Président après le Dialogue de Sun City, ni le poste de Premier ministre après les différents dialogues, ni celui qu’il espérait dans le cadre de l’accord conclu à Nairobi - sortant des années de braise, flairant, avec Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, tenir le bon filon, il oublie qu’il n’y a de vie politique qu’ensemble. Il peut compter sur l’Est, les Sud et Nord Kivu, tout comme sur une armée numérique faite de jeunes dames acquises à sa cause ou penser à séduire les Congolais en multipliant les langues - son magistrat géniteur avait souvent parcouru le pays, passant d’une zone linguistique à une autre - voire aller à l’étranger saluer des amis Chefs d’Etat et où il vante avoir connu un certain Michel Rocard sauf que la politique ne ressemble ni à l’église, ni à une fratrie.

Le roi est mort, vive le roi. S’il y a de la douleur à voir partir le roi, il y a de la joie à voir l’immortalité du pouvoir d’Etat. Qui oserait contester cette loi dans les milieux de l’UNC en refusant de reconnaître le nouvel homme qui y surgirait comme le firent ces anciens Français qui hésitèrent à reconnaître Philippe de Valois comme successeur de Charles le Bel?

Début avril, au lendemain de l’arrestation de Kamerhe ordonnée par le procureur de Matete, le Président de la République a reçu début avril des membres de la direction du parti de Kamerhe puis mi-avril, les femmes de ce parti.

Vendredi 19 juin, veille du verdict du procès du président de l’UNC, le Secrétaire général a.i de l’UNC, Aimé Boji Sangara Bamanyirue, a, devant des médias, eu ces paroles : «La coalition CACH se porte très bien. La mission classique reconnue à tout parti politique a toujours été la conquête du pouvoir, son exercice et sa conservation le plus longtemps possible et de façon la plus démocratique. Désormais, l’UNC se donne cette mission de conserver, le plus longtemps possible, le pouvoir acquis avec le concours de ses partenaires de CACH».

Puis : «Si l’étape de la conquête a été parsemée d’embûches, celle de la conservation et de l’exercice ne l’est pas moins. J’en appelle au sens de responsabilité de chacun de nous...».

Entre-temps, que des membres de l’UNC élevés, par des ordonnances présidentielles, à des postes de dirigeants d’entreprises du portefeuille de l’Etat ou des services publics! Si, au lendemain de l’annonce de l’arrestation de Kamerhe, des propos menaçants ou désacralisants ont été entendus, ils paraissent depuis s’être calmés. Sauf accident de circulation, nul ne voit un seul ministre UNC inscrire son nom comme candidat au départ…

Au fait, ne faut-il pas dire : tant mieux?


T. MATOTU.

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