Les premiers pas de Muyembe Tamfum contre la fièvre Ebola à Yambuku et Kikwit

Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a décidé de confier à Jean-Jacques Muyembe Tamfun la coordination de la riposte à l’épidémie à la maladie à virus Ebola qui a repris, pour la énième fois, depuis le 1er juin 2020 dans ce que l’on pourrait dire sa province de prédilection de l’Equateur.

Le virologue congolais de réputation déjà engagé dans la riposte contre la pandémie de Covid-19, continuera à s’occuper du travail de coordination du Secrétariat technique de la Cellule multisectorielle de la riposte contre la pandémie.
Jean-Jacques Muyembe Tamfun avait coordonné la dernière partie de la dixième épidémie d’Ebola au Nord-Kivu, 287 décès pour 3.470 cas, après l’échec de l’ancien ministre de la Santé Oly Ilunga depuis en prison pour mauvaise gestion des fonds. Cette énième nomination à la tête de la réponse contre la onzième épidémie d’Ebola a été annoncée à l’issue du conseil des ministres présidé par visioconférence par le Président de la République.
A ce stade, le pays compte 109 contaminations confirmées dont 47 décès et 45 guérisons.
Tout récemment, le ministre de la Santé, Eteni Longondo avait fait le déplacement de l’Equateur à la tête d’une forte délégation officielle appuyée par des spécialistes de la mission des Nations Unies, MONUSCO qui avait déployé des moyens logistiques.
Le retour à la tête de la maladie à virus Ebola de ce virologue est signe du leadership qu’exerce Jean-Jacques Muyembe Tanfum dans le secteur des épidémies qui fait sa réputation au point où une équipe américaine s’est rendue au Congo jusqu’e dans le Kwilu pour réaliser un film sur le virologue africain certainement l’un des plus connus à l’étranger. Les nouveaux malades rapportés à l’Equateur se trouvent à Bomongo à Buburu et à Lotumbe.

DANS LE VILLAGE DE YAMBUKU A L’EQUATEUR.

Comment Muyembe a-t-il fait sa réputation? Il raconte ses premiers pas dans une revue de l’OMS. «Après avoir obtenu mon diplôme de médecine, j’ai décidé de faire un doctorat en virologie à l’Université de Louvain, en Belgique, où j’ai commencé à faire des recherches sur le traitement des infections virales, en travaillant sur les souris. Quand je suis revenu au Congo, je ne pouvais pas poursuivre mes travaux car il n’y avait ni laboratoires ni animaux de laboratoire. Cette année-là, en 1974, il y a eu une épidémie de choléra dans le port de Matadi et j’ai été envoyé pour enquêter. L’année suivante, on m’a envoyé pour enquêter sur une flambée de méningite bactérienne qui tuait de nombreux soldats dans le camp militaire de Kitona, dans la province du Kongo Central. Je me suis rendu dans ce lieu et j’ai isolé la bactérie. Le gouvernement a lancé une campagne de vaccination qui a mis fin à l’épidémie». Ce travail lui a fait prendre conscience qu’il ne pouvait pas se contenter d’étudier les microbes en laboratoire et qu’il fallait aussi aller sur le terrain. «n 1976, il y a eu une flambée d’une maladie mystérieuse dans une mission catholique dirigée par des religieuses belges à Yambuku, dans le nord du pays. Le ministre de la Santé m’a envoyé avec le Dr K. Omombo pour examiner la situation. Yambuku était un village isolé dans la forêt et, quand je suis arrivé, le lieu était désert, comme si personne ne vivait là. C’était la même chose à l’hôpital. La plupart des infirmières étaient mortes et tous les patients, sauf un enfant, avaient fui. La mère disait qu’il avait le paludisme, mais il est mort cette nuit-là. Le lendemain, les villageois sont venus à l’hôpital. Ils avaient entendu que nous étions venus de Kinshasa avec des médicaments. Beaucoup d’entre eux avaient de la fièvre et de la diarrhée. J’ai pensé qu’ils avaient peut-être la typhoïde et j’ai prélevé des échantillons de sang. Mais j’ai remarqué qu’en retirant l’aiguille du bras, le point de ponction saignait beaucoup. J’avais les doigts et les mains couverts de sang et je les ai lavés à l’eau et au savon».
«À cette époque, nous travaillions à mains nues, sans vêtements de protection. Plus tard, j’ai prélevé des échantillons de foie sur deux cadavres, à l’aide d’une tige métallique et, bien sûr, il y avait encore plus de sang que j’ai de nouveau lavé à l’eau et au savon. Les biopsies hépatiques n’ont pas été concluantes. En examinant une religieuse belge ayant développé de la fièvre, je lui ai dit : « comme nous ne savons pas diagnostiquer cette maladie, je vous emmène à Kinshasa ». Elle a répondu qu’elle ne pouvait pas partir de crainte qu’on pense qu’elle fuyait la maladie. Finalement, j’ai fini par la persuader et nous sommes partis. En arrivant à Kinshasa, nous lui avons prélevé un échantillon de sang que nous avons envoyé à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers ou Peter Piot travaillait. C’est à partir de l’échantillon de cette religieuse que le Dr Piot a isolé pour la première fois le virus Ebola». «Après Yambuku, il n’y a plus eu de flambées pendant longtemps. Puis, en 1995, j’ai reçu un appel du directeur de l’hôpital général de Kikwit me disant qu’il y avait une flambée de diarrhées sanglantes qui avait déjà provoqué plusieurs décès. J’ai également reçu un message du Diocèse de Kikwit me demandant de venir à la rescousse. Je pensais qu’il s’agissait d’une shigellose ou de quelque chose de ce type et que j’allais résoudre le problème rapidement. Je suis donc parti avec deux pantalons seulement. En arrivant et en regardant autour de moi, je me suis rendu compte que ce n’était pas la shigellose. C’était Ebola. Et Kikwit différait de Yambuku ; c’était une ville, pas un village, et le risque de propagation était beaucoup plus grand. Comme ils étaient à au moins 1000 kms de Yambuku, les gens me demandaient comment ce pouvait être Ebola. Mais j’étais sûr de moi. J’ai donc prélevé des échantillons que j’ai envoyés aux Centers for Disease Control and Prevention par l’intermédiaire de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Deux jours plus tard, ils m’ont confirmé qu’il s’agissait bien du virus Ebola».


avec AGENCES.

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