Une gestion calamiteuse du gaz du lac Kivu fait craindre le pire à l’Est

Sur instruction du président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, trois membres du gouvernement, à savoir, le VPM du Budget, l’UNC-CACH Baudouin Mayo Mambeke, le ministre d’Etat en charge des Hydrocarbures l’UDPS-CACH Rubens Mikindo, le ministre des Finances, le PPRD-FCC José Sele Yalaghuli, ont été appelés à prendre «des dispositions utiles et urgentes pour le dégazage industriel du lac Kivu, au niveau du golfe Kabuno, avant fin 2020». Le risque d’une explosion est réel et imminent.

La faune et les activités pastorales, redoute Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pourraient subir de graves dommages en cas de catastrophe. Même les populations environnantes ne seraient pas épargnées. Plus de trois millions de personnes seraient concernées dans une région qui subit des affres de guerres et des menées subversives des groupes armés depuis trois décennies.

VIVEMENT UNE ADEPI DU GAZ.

Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo se souvient de l’explosion du lac Nyos, aussi bourré de gaz comme le lac Kivu, au Cameroun, en 1986. Bilan : des milliers des morts, dont 2.000 identifiés. Cette année-là, la centrale nucléaire de Tchernobyl avait également explosé, entraînant un désastre similaire à celui de Nyos, sur une large échelle. Tshisekedi veut «un dégazage à grande échelle». Voilà pratiquement dix ans que le Trésor décaisse des fonds considérables pour le dégazage du golfe de Kabuno, sans résultat. En octobre 2019, le ministre d’Etat en charge des Hydrocarbures, Rubens Mikindo, avait, en mode d’urgence, du gré à gré, offert à l’entreprise présentée comme italienne, Limnological Engineering SAS, le marché de dégazage du golfe de Kabuno, pour euros 4.355.359. Le travail a-t-il été fait? Toutes les tentatives du Soft International d’en savoir plus au ministère des Hydrocarbures sont restées vaines...
Mais des associations de la société civile portées sur les industries extractives proposent au président de la République de se doter d’une structure spécialisée type ADEPI, Agence de développement et de promotion du site d’Inga pour la gestion du gaz au Congo.
Il y a peu, le ministère des Hydrocarbures a laissé entendre qu’à la faveur de la maîtrise de la crise sanitaire de Covid-19, les ingénieurs de l’entreprise tunisienne, Engineering Procurement & Project Management, en consortium avec la filiale r-dcongolaise de Sweden Energy Transcentury Limited, devraient revenir en août 2020 en vue d’exploiter le gaz dans l’un des quatre blocs que le gouvernement leur avait octroyé dans le lac Kivu, à savoir le bloc Goma. Les autres blocs sont Idjwi, Lwanjoja et Makelele. Le bloc Goma pourrait produire jusqu’à 35 MW. Depuis rien à signaler si ce n’est les inquiétudes du président de la République. Lac mitoyen entre le Congo et le Rwanda, Kivu a une superficie de 2.400 km2 et une profondeur maximale de 485 m. Il regorge de réserves de gaz exploitables estimés à près de 55 milliards de Nm3, environ 50 millions de tonnes pétrole.

LARGEMENT DISTANCEE PAR KIGALI.

Après plusieurs tentatives, sans succès, des projets communs dont la SOCIGAZ, le Rwanda a opté de faire cavalier seul. Après la station-pilote opérationnelle depuis 1963, le pays des mille collines s’est doté en mai 2016 de la centrale Kivuwatt (26 MW) installée par la firme américaine Contour Global pour 200 millions de $US venant des privés ainsi que des prêts des institutions internationales dont la BAD. Kigali s’est déjà lancé dans deux autres projets d’exploitation gazière et veut porter sa puissance à 100 MW à court terme. Les Pays-Bas finance un projet des recherches en vue de l’exploitation du gaz du lac Kivu. Coû du projet: euros 8 millions. Jamais côté congolais ce projet n’a été repris dans le programme d’actions du ministère des Hydrocarbures. Parce que le Gouvernement néerlandais a préféré logé l’argent à Kigali, non à Kinshasa, a laissé comprendre le directeur général de l’Observatoire volcanologique de Goma, Katcho Karume. En clair, une question de crédibilité.
Quand le Rwanda marque des points, le Congo marque les pas et s’emberlificote dans des procès pour des attributions hasardeuses des marchés d’exploitation de gaz du lac Kivu. La société Kivu Lake Energy corporation qui compte construire une centrale hydroélectrique à Kinsuka (Ouest de Kinshasa) a accusé l’ex-Premier ministre Bruno Tshibala Nzhenze, son ministre des Hydrocarbures Aimé Ngoy Mukena et l’Etat r-dcongolais de tricherie dans l’attribution d’un marché gazier.
L’affaire qui a connu plusieurs entraves politiques serait actuellement au niveau du Conseil d’Etat. Invité à Kinshasa, il y a six ans, en septembre 2014, dans le cadre du forum économique I-PAD, Miguel Azevedo, alors DG de la Citibank pour l’Afrique subsaharienne, avait proposé aux autorités de développer l’industrie du gaz plutôt que de considérer toujours l’industrie minière comme moteur du développement du pays. Le Congo en a des atouts. Mais, avis d’expert : il faut que le président de la République en reprenne le leadership.


POLD LEVI MAWEJA.

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