LE procès

LE procès

Bukanga Lonzo, la vérité toute nue.

Le 13 juin 2022, le Congo et le monde vont plonger dans les détails du scandale de gestion du méga projet Bukanga Lonzo.

Après que le 15 novembre 2021, une composition de la Cour Constitutionnelle se soit déclarée incompétente pour juger l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon, élu depuis sénateur, accusé de détournement d’au moins 204 millions de $US dans le projet du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, dans le Kwango-Kwilu, dans le Grand Bandundu, la Cour de Cassation s’est saisie de l’affaire et, par citation à prévenu, a fixé celle-ci au 13 juin.
Deux autres personnes sont poursuivies par la Cour de Cassation : l’ancien ministre-délégué des Finances sous Matata Ponyo, Patrice Kitebi Kibol Mvul et un homme d’affaires sud-africain Grobler Christo.
Toutes ces trois personnes, écrit la citation déposée par le greffier Mboyo Bolili, se trouvaient à ce jour en liberté. Elles sont désormais citées « à comparaître par devant la Cour de Cassation, siégeant en matière répressive au local ordinaire de ses audiences publiques le 13 juin 2022 à 09h30’ du matin».

QUE LA VÉRITÉ TOUTE NUE ÉCLATE AU GRAND JOUR.
Dans le rapport de l’IGF dont se sert la justice, plusieurs autres noms sont cités dont celui l’ancienne ministre au Portefeuille Louise Munga Mesozi aujourd’hui députée.
A charge des personnes devant comparaître le 13 juin, écrit la citation, des faits notamment de détournement par surfacturation et par paiements indus.
La citation directe du greffe pénal écrit ce qui suit : « Avoir, étant auteurs ou co-auteurs, selon l’un des modes de participation criminelle prévu par l’article 21 du Code Pénal livre 1er (…), entre les mois de novembre 2013 et novembre 2016, période non encore couverte par le délai légal de prescription de l’action publique, étant respectivement, Agents Publics de l’État, notamment Premier Ministre et Ministre Délégué auprès du Premier Ministre en charge des Finances du Gouvernement de la République Démocratique du Congo, pour les deux premiers cités et dirigeant de la Société Africom Commodities, pour le troisième cité, détourné par surfacturation la somme globale équivalente en Francs Congolais de 204.903.042 $US (deux cents quatre millions neuf cents trois mille quarante-deux) qui était remise à la Société Africom Commodities pour la gestion du Parc Agro-Industrie de Bukanga Lonzo, projet mis en place par le Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Faits prévus et punis par les articles 21 et 23 du code Pénal Livre 1er, 145 du Code Pénal Livre II» ; et «avoir, dans les mêmes circonstances de lieu et de temps que dessus, comme co-auteurs, par coopération directe, étant Agents Publics de l’État, respectivement Premier Ministre et Ministre Délégué auprès du Premier Ministre en charge des Finances du Gouvernement de la République démocratique du Congo, pour les deux premiers cités et dirigeant de la Société Africom Commodities, pour le troisième cité, détourné la somme globale de 823.695.230 CDF (Francs Congolais Huit cent vingt-trois millions six cent nonante cinq mille deux cent trente) équivalent à 890.702,80 $US (huit cent nonante mille sept cent deux et quatre-vingt centimes) en payant indûment les parts sociales de la Société Africom Commodities dans la constitution des sociétés d’économie mixte PARCAGRI, SEPAGRI et MARIKIN, sociétés issues de la Convention d’actionnaires entre l’État Congolais et la Société Africom Commodities, alors que cette dernière devait elle-même apporter ses parts sociales. Faits prévus et punis par les articles 21 et 23 du Code Pénal Livre 1er, 145 du Code Pénal Livre II ».
L’incompétence déclarée le 15 novembre 2021 par la composition de la Cour Constitutionnelle avait donné lieu dans le pays et à l’étranger à une énorme contestation dans l’opinion et dans les milieux judiciaires où certains avaient évoqué une circulation d’énormes fonds.
Est-ce à la suite de cet incident, qui, de l’avis de tous, n’avait pas grandi la justice congolaise, que le 10 mai 2022, le président de la Cour Constitutionnelle Dieudonné Kaluba Dibwa fut humilié par ses pairs lors d’un tirage au sort en se faisant éjecter de la haute Cour?
Selon divers juristes, le 13 juin, la Cour de Cassation pourrait siéger en séance unique, le temps de constater une «erreur matérielle» dans le prononcé du jugement du 15 novembre 2021 et renvoyer les trois prévenus devant leur juge naturel, la Cour Constitutionnelle, là où tous vont être poussés à parler à haute et intelligible voix afin que la vérité toute nue éclate au grand jour..
En l’espèce, la Constitution de la République est en effet claire comme l’eau de roche.
«La Cour Constitutionnelle est la juridiction pénale du Chef de l’État et du Premier ministre dans les cas et conditions prévus par la Constitution (art. 163)» ; «la Cour Constitutionnelle est le juge pénal du Président de la République du Premier ministre pour des infractions politiques de haute trahison, d’outrage au Parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. Elle est également compétente pour juger leurs co-auteurs et complices» (art. 164).
Par quel miracle la composition du juge Dieudonné Kaluba Dibwa suivit l’incompétence défendue par les avocats de Matata conduits par un professeur d’Université mais, certes, avocat de son client, Me Raphaël Nyabirungu Mwene Songa ?
Alors que la Constitution de la République est aussi claire, comment, même moralement, face à des accusations présentées par l’Inspection Générale des Finances, dont unanimement on reconnaît la technicité et la compétence, peut-on imaginer rendre libre un homme sur qui pèse autant de suspicions ?
Qu’il ait volé des fonds publics ou quelconques, ait ôté la vie à une personne ou commis un autre délit, aucun juge au Congo ne serait en mesure de juger Augustin Matata Ponyo Mapon parce que si fortuné ? Existe-t-il un législateur en mesure de défendre une thèse aussi éhontée?
A la veille de ce procès tant attendu, Le Soft International rafraîchit la mémoire de ses lecteurs en reproduisant l’incroyable rapport de l’Inspection Générale des Finances.

D. DADEI.

 

Il suffit qu’ils soient appelés à la barre par le procureur… et qu’ils ouvrent la bouche et parlent. Les Congolais sauront ce qui s’est passé… dans leur pays, à l’Hôtel du Conseil, de mai 2012 à novembre 2016, dans le dossier Bukanga Lonzo.
Il en a l’expérience. Le Procureur Général près la Cour Constitutionnelle Jean-Paul Mukolo Nkokesha n’avait rien lâché. Malgré toutes les manœuvres politiciennes, usant à son tour de tous les stratagèmes, le voici qui atteint son but : l’ouverture lundi 25 octobre 2021 DU procès, celui du projet du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, à une centaine de kilomètres de la Capitale Kinshasa, qui a englouti des centaines de millions de $US quand le Trésor public a vu se volatiliser au moins 204 millions de $US.
Le réquisitoire du 28 avril 2021 du Procureur Général est sans appel. Basé sur le rapport de l’Inspection Générale des Finances, IGF, le service qui inspire désormais respect dans le pays et dans le monde, est appelé au secours par tous, les premières personnes entendues ont toutes fait des aveux et désigné les responsables.

C’EST LE PROCES.
C’est LE procès. Ces dernières semaines, l’inspecteur Général des Finances, Jules Alingete Key, a décrit ces individus, mis à découvert leurs stratégies. «Comme ces pickpockets, voleurs à la tire qui détroussent les sacs des mamans au marché, ils n’avouent jamais rien ; ils trouvent tous les moyens de défense, accusent même ceux qui les ont pris la main dans le sac ».
Suspecté partout, prévenu principal désormais, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyon Mapon avait eu recours à ce qu’il sait faire de mieux.
Rêvant à ce qu’elle le blanchisse, il fait appel à l’IGF pensant à tous ces audits préfinancés. « Comment parler de poursuite politique quand au départ, c’est lui-même qui a écrit à l’Inspection Générale des Finances pour demander qu’elle puisse faire l’audit de Bukanga Lonzo. Ce n’est pas le pouvoir politique, ni le Chef de l’Etat, ni le Chef du Gouvernement qui a demandé. C’est lui-même. Nous avons une lettre. Il nous a écrit pour que nous puissions faire l’état de la situation de Bukanga Lonzo parce qu’il estimait que plusieurs fois son nom avait été cité abusivement. Nous avons fait le travail, en âme et conscience et nous lui avons rendu les conclusions en lui disant qu’il est fortement impliqué dans cette affaire », déclare le patron de l’Inspection Générale des Finances, la main sur le cœur, sur la Voix de l’Amérique. Puis, de la pédagogie : «Il faudra que les politiciens congolais comprennent qu’il y a infraction politique et infraction de droit commun. Chez nous, au Congo, quand un politicien fait un accident sur la voie publique et qu’on lui dit qu’il y a mort d’homme – homicide involontaire -, il le transforme en une infraction politique. Il y a infraction de droit commun quand vous volez l’argent public et que si cela est établi, il ne faut pas parler de politique. C’est du droit commun…» .
Après celui des 100 jours, voici l’autre procès du siècle congolais. Mieux, de la République faillie.
T. MATOTU.

http://www.lesoftonline.net/articles/le-proc%C3%A8s#:~:text=ACCUEIL-,LE%…
http://www.lesoftonline.net/articles/mapon-mapp%C3%A9#:~:text=ACCUEIL-,M…

Le Parquet Général près la Cour Constitutionnelle n’en démord pas.
Dans le dossier Bukanga Lonzo qui a fait volatiliser au détriment du Trésor public plus de 200 millions de $US après un premier réquisitoire datant du 28 avril 2021 (n°1419/RMPI/0001/PG.C.CONST/MOP/2021, soupçonnant l’usage du dilatoire et une entrave au déroulement de la justice, après ce qui a semblé comme une manipulation de l’opinion après une séance initiale du Sénat, le Procureur Général près la Cour Constitutionnelle Jean-Paul Mukolo Nkokesha a commencé à perdre patience.
Le 15 mai, dès le lendemain de cette confusion, il a cogné un deuxième réquisitoire (n° 1429/RMPI/0001/PG.C.CONST/MOP/2021).

UN VRAI SANS APPEL.
Un vrai sans appel. Le Haut Magistrat de trente ans d’expérience dans le secteur de la justice depuis Mobutu, qui trône désormais à la tête du Conseil Supérieur de la Magistrature comme président a.i, a administré un sans faute.
Une véritable leçon aux «élus des élus» dont le président Modeste Bahati Lukwebo a sollicité auprès du Haut Magistrat qu’il éclaire la lanterne de la chambre avant de poursuivre la procédure qui devrait reprendre cette semaine au retour du président du Sénat parti à Bukavu aux obsèques de sa mère.
Jean-Paul Mukolo Nkokesha rappelle l’article 14, al. 2 de la loi organique n° 13/026 du 15 octobre 2013 portant organisation et fonctionnement de la Cour Constitutionnelle qui institue le Parquet Général près la Cour Constitutionnelle.
Et qui a mission « l’exercice de l’action publique dans les actes d’instruction et de poursuites contre le Président de la République, le Premier ministre ainsi que leurs coauteurs et complices ».
De poursuivre : « Les articles 164 et 166 de la Constitution attribuent la compétence pénale à la Cour Constitutionnelle pour les actes infractionnels commis par le Président de la République et le Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions (art. 166 de la Constitution). Pendant l’exercice de leurs fonctions, les deux chambres du Parlement réunies en Congrès sont habilitées à autoriser les poursuites (art. 166 de la Constitution). Après l’exercice de leurs fonctions, leur juge pénal reste la Cour Constitutionnelle pour les actes commis pendant l’exercice de leurs fonctions ».
Puis : « C’est en vertu de ces dispositions constitutionnelles que le Procureur Général près la Cour de Cassation a transmis à mon office des dossiers pénaux ouverts à charge des anciens Premiers ministres Tshibala Nzenze et Augustin Matata Ponyo pour disposition et compétence ».
Aux «élus des élus» : «Si je ne vous ai pas saisi en ce qui concerne Tshibala Nzenze, c’est parce qu’il n’est couvert d’aucune immunité n’étant ni membre du parlement, ni membre du gouvernement ».
S’agissant du Sénateur Augustin Matata Ponyo, le Haut Magistrat explicite : « Votre saisine se justifie dans le cas du Sénateur Augustin Matata Ponyo, non pas parce qu’il était Premier Ministre mais parce qu’il est Sénateur au moment des poursuites ».
Puis : « Le chapitre 1er de la Loi organique n° 13/010 du 19/02/2013 précitée organise les poursuites contre les membres du Parlement pour les actes commis en cours de session (art. 73, al. 2), en dehors des sessions (art. 73, al. 3) et même dans le cas où les faits seraient flagrants ou reputés tels (art. 74, al. 4). Ces dispositions ne s’appliquent pas au cas d’espèce car les Sénateurs concernés ne sont pas poursuivis pour les actes commis en leur qualité de Sénateurs mais plutôt pour les actes commis en qualité de Premier Ministre pour le Sénateur Augustin Matata Ponyo et en qualité de Directeur Général du Parc Agro-industriel de Bukanga Lonzo pour Madame la Sénatrice Ida Kamonji Naserwa, cette dernière étant devenue justiciable de la Cour Constitutionnelle comme coauteur ou complice du Premier Ministre conformément à l’article 164 de la Constitution».
D’insister avec un brin de menace : « Méconnaître une telle compétence pénale clairement établie par la Constitution serait une violation flagrante de celle-ci en son article 19, al. 1 qui stipule : « Nul ne peut être soustrait ni distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne ».
Il en est de Matata Ponyo Mapon – «qui a occupé la première place aussi bien dans la création du Parc Agro-industriel de Bukanga Lonzo que dans sa gestion financière », écrit le Haut Magistrat – et de Mme Ida Kamonji Naserwa comme des députés Louise Munga Mesozi et Lumbu Kiala ou du Directeur général du Fonds de Promotion de l’Industrie Patrice Kitebi Kibol Mvul ou de Mme Kachoko Mbonda Hortense – « dite son épouse Matata », écrit encore le Procureur Général dans son réquisitoire – ou de M. Édouard Matata Shwiti-Lya Mbemba, un proche parent de l’ex-Premier Ministre.
Cité nommément dans ce réquisitoire – au titre de «Ministre-délégué auprès du Premier Ministre chargé des Finances » -, Patrice Kitebi Kibol Mvul « a décaissé les fonds, va faire transférer 83% de ceux-ci dans les comptes d’Africom Commodities et de ses affiliés comme Desticlox et d’autres encore. Des comptes logés en Afrique du Sud et dont les titulaires ne semblent avoir, à propos de leurs activités sur notre territoire, aucune obligation envers le fisc ».
Puis : «Ceci va donner libre cours à la surfacturation des achats d’engins et d’autres équipements, des intrants agricoles livrés au Parc, ainsi qu’à la gestion sans contrôle des fonds reçus».

IL NE LUI ECHAPPERA PAS.
Sentant un risque accru de cavale, après des cas récents (Kalev Mutond, administrateur général de l’Agence nationale de Renseignements, de 2011 à 2019, le général John Numbi Tambo Banza, inspecteur général de la Police nationale congolaise, de 2007 à 2010), le Parquet général près la Cour Constitutionnelle a émis un ordre aux services aux frontières mettant sous haute surveillance les personnes citées dans le dossier en instance, les interdisant de n’approcher ni un port, ni un aéroport, ni une frontière quelconque, mieux, de ne pas s’éloigner des lieux de leurs résidences habituelles. En clair, de s’y confiner jusqu’à nouvel ordre…
En tête les parlementaires dont Augustin Matata Ponyo Mapon, le D-G du Fonds de Promotion de l’Industrie Patrice Kitebi Kibol Mvul, Mme Kachoko Mbonda Hortense, M. Édouard Matata Shwiti-Lya Mbemba.
Alors qu’il se trouvait à Conakry «en séjour de travail (…) au service de l’Afrique» – où il exercerait depuis peu les fonctions de conseiller du président du pays Alpha Conté qu’il aurait réussi à séduire avec certes ses habituelles paroles mielleuses – une vision de « gouvernance pragmatique » -, et qu’il avait annoncé via son compte Twitter qu’il interrompait ce séjour pour regagner « Kinshasa pour faire face à une justice politiquement instrumentalisée », assurant être « fier d’avoir servi (son) pays dans la transparence» et qu’il croyait «en la force de la vérité », Matata défie au contraire cette justice.
Il mobilise des groupes de jeunes gens dans la rue à son arrivée ; prononce des discours incendiaires devant des médias triés sur le volet et devant le Sénat ; annonce des fake news dans des médias dénoncés par le président Bahati lui-même.
Ce qui pourrait alourdir un dossier qui échapperait difficilement, à l’issue d’une première audience devant le magistrat instructeur, à un cas à placer directement dans une maison d’arrêt sous le régime de MAP, le très redouté Mandat d’Arrêt Provisoire.
Voici pourtant un homme qui se passait pour le modèle achevé de bonne gouvernance, passant le plus clair de son temps à vanter le leadership dans des amphithéâtres qui acceptaient, contre des cadeaux quelconques, de le recevoir, l’éloignant des professeurs émérites disant leur surprise et leur désappointement.
Augustin Matata Ponyon Mapon avait tôt fait l’objet de multiples soupçons de détournement et de corruption, dès le B.Ce.Co, dit Bureau central de coordination, service public placé sous la tutelle du ministère des Finances, et dont la mission est de gérer les projets et programmes sous financement propre ou des bailleurs des fonds, qu’il dirigea d’octobre 2003 à février 2010.
Mais c’est au ministère des Finances où il atterrit le 19 février 2010 et qu’il dirige jusqu’au 18 avril 2012 qu’il assoie un véritable système de prédation avant de le propulser au lendemain de sa nomination comme Premier ministre, le 9 mai 2012, poste qu’il conserve jusqu’au 17 novembre 2016.

LE PIEGE TENDU.
Le président Kabila affectionnant peu les conseils des ministres, faisant passer des semaines voire des mois sans les convoquer et les présider, pouvoir qu’il détient aux termes de l’article 79 de la Constitution, ne le déléguant pas non plus au Premier ministre (article op. cit), l’alors très puissant Premier ministre va négocier une procédure qui lui permet de mettre en place des conseils des ministres éclatés qu’il appelle réunions des ministres des groupes thématiques (secteur politique, secteur productif, secteur culturel) qu’il préside lui-même chaque lundi, dès la première heure, et qui valident les dossiers clés d’infrastructure de la mandature Kabila.
C’est dans ces formats, loin du président de la République qu’il tient certainement informé (le contraire surprendrait), que le Premier ministre boucle au pas de course les dossiers Congo Airways, TransCo, Immeuble Intelligent, Aéroport Modulaire de N’Djili, renforcement en série des équipements des entreprises publiques, etc.
Quand le ministre de tutelle n’est pas présent ou ne maîtrise pas le dossier, le Premier ministre se projette lui-même au devant de la scène, le prend en charge, le présente au grand dam de la procédure universelle normale, le boucle au grand malheur du Vice-premier ministre d’alors, le très brillant Daniel Mukoko Samba qu’il écarte très vite du Gouvernement, le 7 décembre 2014, après l’avoir éloigné, des mois durant, des centres de décision.
Le 13 mai 2021, le Professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba, ministre Matata (PTNTIC et relations avec le Parlement), du début jusqu’au départ de celui-ci, a publié un communiqué : « L’affaire Bukanga Lonzo ou comment le Professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba se sauva à Berlin de l’oracle du Premier ministre Augustin Matata Ponyo ».
Un texte qui en dit long sur des tripatouillages d’un homme qui se rêva un destin national.
Tryphon Kin-kiey Mulumba épingle trois dossiers qui dénotent d’une gestion loin des principes de bonne gouvernance : fibre optique, mission officielle à Berlin au siège de la firme allemande Siemens, connivence avec le Groupe français des télécommunications Orange.
En intégralité ci-après : « Maintenant que le couvercle de la marmite commence peu à peu à être enlevée dans l’affaire Bukanga Lonzo avec le rejet par des ministres Matata de toute responsabilité dans ce scandale d’une décennie congolaise faillie alors qu’on mobilise la planète contre l’Inspection Générale des Finances, qu’on cherche à traumatiser son Inspecteur Général-Chef de Service Jules Alingete Key – un vrai Antonio Di Pietro de la Mani pulite – pour l’abattre quand ils font un travail de salut public, je souhaite déclarer que d’une part, mes ennuis avec l’ancien Premier ministre qui m’avait sélectionné et recruté après une interview, avec un autre candidat malheureux aujourd’hui Vice-Premier ministre, en ses bureaux du ministère des Finances, ont commencé avec mon arrivée au ministère des Télécommunications, le 28 avril 2012 même s’il n’avait pas réussi à me révoquer étant entré avec lui le même jour au Gouvernement et sorti avec lui du Gouvernement, près de cinq ans plus tard, le même jour, quand il en avait fait partir allègrement des Vice-Premiers ministres et des ministres clé ».
« Je déclare que tous les contrats fibre optique et autres avaient été signés par mes prédécesseurs et par le ministre des Finances Augustin Matata Ponyo Mapon ».
« Et ce projet fibre optique avait échoué après sa surfacturation (plus de 12 millions de $US pour l’érection du Point d’atterrage de Muanda quand il n’en fallait que 3 millions) et après qu’un individu ait retiré, en espèces, en pleine journée, sur simple présentation de permis de conduire, 3 millions de $US au guichet de la banque BIAC en faillite aujourd’hui, et empoché cette somme partagée par la mafia ».
« Le Président d’alors Joseph Kabila ordonna à son conseiller spécial en matière de sécurité Pierre Lumbi Okongo d’ouvrir une enquête criminelle qui aboutit à l’arrestation de trois des complices jetés aussitôt au cachot au CNS et contraints au remboursement de cette somme volée ».
« Dans le groupe de cette association des malfaiteurs : des noms dont Augustin Matata Ponyo Mapon, un pasteur d’église du Réveil Daniel Ngoy Mulunda, alors président de la CENI, la Commission Électorale Nationale Indépendante, le D-G de la SCPT, un diplomate étranger».

«TOUT CE QUI BRILLE..».
« Voilà pourquoi Joseph Kabila très furieux avait mis le Premier ministre Matata hors circuit de ce Point d’atterrage même le jour de son inauguration, le 8 juillet 2013 à Muanda, à l’embouchure du fleuve, ne traitant le dossier qu’avec le ministre des PTNTIC qui réussit l’incroyable miracle par l’usage du fouet contre l’entreprise italienne qui avait reçu les fonds de l’Etat, la pressant de réaliser le nouvel ouvrage selon les normes internationales dictées par les maîtres d’ouvrage sud-africains et français qui le certifièrent enfin et donnèrent le go du lancement ».
« Le Point d’atterrage Muanda est et reste une fierté nationale même si le départ des câbles jusqu’à Kinshasa avait posé problème et continue de poser problème pour ses malfaçons mais, à nouveau, les contrats avaient été offerts, par le ministre Matata et ses collègues du Gouvernement, bien avant mon arrivée au ministère, à des Chinois à l’époque fortement protégés, et réalisés bien avant ma nomination même si j’ai tenté sans succès, car trop protégés, de faire refaire les travaux ».
« Malgré qu’il ait combattu ce projet fibre optique, certainement parce que confié à ce stade par Kabila à un homme à l’esprit libre et indépendant, le Premier ministre décidait, au retour de Muanda, de créer un compte séquestre ouvert dans une banque commerciale, où étaient versés tous les fonds générés par l’usage de ce réseau par les entreprises des télécommunications, et géré directement par la Primature ».
« Les courriers officiels existent…».
« L’IGF de tous les espoirs devrait pouvoir ouvrir ce dossier fibre optique et entendre aujourd’hui ce groupe de criminels ».
« Mon autre conflit majeur que j’ai eu avec mon Premier ministre : c’est mon refus de signer à Berlin, devant lui, face à moi, au siège berlinois de Siemens, un contrat des centaines de millions de € portant sur un projet d’informatisation des services publics de l’Etat ».
« Alors que je transitais à Bruxelles venant d’une mission officielle à Dubaï, un coup de fil d’un officiel de la Primature m’avertissait que j’allais être « enbeded » dans l’avion du Premier ministre pour Berlin, depuis Bruxelles où il était arrivé la veille, sans savoir ce que j’allais faire dans la capitale allemande plutôt que de regagner Kinshasa où m’attendaient des dossiers d’Etat ».
« Quelle ne sera pas ma surprise quand le lendemain, à Berlin, le protocole me réveille pour me prier de prendre place, à bord d’une exceptionnelle limousine Mercedes, la direction de la firme allemande Siemens où la délégation officielle congolaise conduite par le Premier ministre, qui comptait notamment son ami et mentor ministre des Transports et Communications Justin Kalumba Mwana Ngongo et son directeur de protocole, est arrivée pour 07:00’ pour le petit déjeuner».
«Au menu du petit déjeuner, le Premier ministre m’adressa un oracle : signer ce contrat devant la Haute Direction de Siemens et des personnalités politiques allemandes de haut rang proches de la Chancelière allemande, Mme Angela Merkel qui avait invité le Chef du Gouvernement congolais».
« Calmement, et avec des mots exceptionnellement choisis, j’expliquais à l’assemblée réunie dans une sorte de salle de classe, dans cette cité Siemens, dans la banlieue de Berlin, la procédure légale à suivre : inviter éventuellement des représentants qualifiés de Siemens à venir concourir à Kinshasa avec d’autres entreprises, soumettre les dossiers aux commissions interministérielles et, enfin, espérer aller au Conseil des ministres ».
« Ce fut un tremblement de terre que j’assumais. La rupture entre nous ».
« Et, je comprends aujourd’hui dans quel piège tendu certains de mes collègues sont tombés dans ce dossier de Bukanga Lonzo avec le ministre le plus concerné en charge de l’Agriculture Jean-Chrysostome Vanamuwiti Mukesyayira qui vient de diffuser un communiqué chargeant littéralement l’ex-Premier ministre ».
« Mais le meilleur pour moi fut la finale : alors que la firme française Orange faisait disparaître des centaines de millions de $US, que par un savant système de minoration de ses déclarations d’appels, que les usagers congolais étaient siphonnés, et que le régulateur avait proposé au ministre une pénalité légale de plusieurs millions de $US contre l’opérateur français prêt à débourser la somme, le Premier ministre fit venir à Kinshasa le PDG français très fortuné d’Orange Stéphane Richard, donnant ordre d’annuler la pénalité privant le Trésor public d’un fonds important, après un tête-à-tête avec celui qui fut le Directeur de cabinet de Mme Justine Lagarde, mêlés sous Sarkozy dans un scandale qui n’en finit pas, celui dit du Crédit Lyonnais-Bernard Tapie ».
« Je comprends pourquoi il en récolta quelques phrases de Mme Lagarde lors d’un séjour, à Washington, au siège du Fonds Monétaire International».
« L’expérience dans cette équipe gouvernementale que j’avais nommée celle des Surdoués – du moins Matata-1 – qui me conduisit à deux reprises à remettre en mains propres ma démission au Premier ministre refusée après notamment le gros incident de « Je mange, tu manges, il mange, nous mangeons » à l’Assemblée Nationale – vaut un livre ».
« En attendant, un mot à ceux qui se soucient des criminels économiques dont nos chefs religieux catholiques passés à l’Université privée Mapon à Kindu pour vanter des œuvres, de devoir revoir dans l’urgence leurs copies en laissant l’Inspection Générale des Finances et la justice de notre pays faire chacune son travail». De conclure : «Tout ce qui brille n’est pas or».
Le dossier Bukanga Lonzo a pris véritablement son départ le jeudi 6 mai 2021.
Aux environs de 12:00’, les deux Chambres parlementaires ne bruissaient que de ça : le Procureur Général près la Cour constitutionnelle venait de leur faire parvenir un réquisitoire en béton armé. La nouvelle circule comme une traînée de poudre.
Un document faisant état d’une « association des malfaiteurs ».

PILLARDS EN COL BLANC.
Matata, Kitebi, Kamonyi sont les coaccusés d’un procès qui s’annonce aussi exemplaire que son précédent, celui des 100 jours qui vit l’ancien DirCab du Président de la République Vital Kamerhe Lwa-Kanyingini être condamné à 20 ans de prison ferme au premier degré et confirme la nouvelle ligne politique du pays : Etat de droit avant tout, fin de l’impunité.
Le Procureur Général a donc écrit aux deux Chambres pour leur demander l’autorisation d’inviter deux sénateurs à comparaître, ce qui passe préalablement, dans une situation de non flagrance, par la procédure de levée d’immunité.
«La Cour constitutionnelle est la juridiction pénale du Chef de l’Etat et du Premier ministre dans les cas et conditions prévus par la Constitution» (art. 163). «La Cour constitutionnelle est le juge pénal du Président de la République et du Premier ministre pour des infractions politiques de haute trahison, d’outrage au Parlement, d’atteinte à l’honneur ou à la probité ainsi que pour les délits d’initié et pour les autres infractions de droit commun commises dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions. Elle est également compétente pour juger leurs co-auteurs et complices» (article 164).
Le principal grief retenu contre l’ancien Premier ministre et ses co-accusés est lourd de conséquences : l’association des malfaiteurs, une infraction punie de peine de mort dans la loi congolaise mais qui serait commuée d’office à une peine de prison à perpétuité, le Congo ne pratiquant plus la peine capitale.
Les autres infractions qui seraient retenues contre ces accusés (corruption, détournement de deniers publics, blanchiment d’argent sale, etc.) seraient des infractions moyennes face à la principale infraction, l’association des malfaiteurs qui aurait conduit les malfaiteurs, selon l’acte d’accusation, à organiser et à panifier la débâcle d’un projet de plusieurs centaines de millions de $US pour monter diverses autres entreprises dont une firme du même nom dénommée… Lonzo.
Jeudi 6 mai, Patrice Kitebi Kibol Nvul était retenu dans les locaux de l’IGF, l’Inspection Générale des Finances, avenue du Haut Commandement soupçonné dans un autre dossier toxique : la gestion opaque de l’entreprise publique FPI.
Lors de l’une de ses conférences, celle qu’il anime dès son retour de l’aéroport, sur le chemin de son domicile, au 5ème étage de la Tour Kiyo Ya Sita – la Tour Eiffel congolaise -, le long du boulevard du 30 Juin – les Champs-Elysées congolais -, au 364, où il abrite ses bureaux et son projet phare Congo Challenge, Matata réunit un parterre d’amis journalistes triés sur le volet, étale sa ligne de défense.
«Il n’a jamais rien signé. Tout l’était par ses ministres sectoriels. Il n’a jamais rien décidé. Tout l’était en Conseil des ministres. Et l’on sait par qui il est présidé».
En clair, il implique l’ancien Président de la République Kabila. Oubliant que si celui peut être poursuivi, il le sera difficilement en cette matière. Encore que beaucoup de décisions, lors de cette période, faut-il le rappeler, avaient été prises, à l’Hôtel du Conseil lors des «groupes thématiques», et, en l’espèce, dans le groupe «secteurs productifs».
Bukanga Lonzo, petite localité territoriale de l’une des provinces les plus pauvres du Congo, le Kwango, qui s’étend sur le Kwilu, sur la nationale n°1, à quelques encablures de Kenge, la capitale du Kwango, sur la route de la grande agglomération humaine de l’ex-province du Bandundu, Kikwit, traversant le plat territoire agricole de Masimanimba.
C’est aussi l’un des dossiers noirs d’une IIIème République faillie…
Pourquoi et comment le Congo ne décolle pas ? Comment expliquer la révolte populaire silencieuse qui a lieu dans le pays?
Sur ce dossier, voici les noms qui reviennent avec récurrence : Christo Grobler et Peter Venter, deux Sud-Africains, administrateurs de plusieurs sociétés dont certaines occultes et des complices congolais, des officiels hier et aujourd’hui au plus haut niveau de l’Etat congolais : Augustin Matata Ponyo Mapon, Patrice Kitebi Kibol Mvul, Louise Munga Mesozi, Rémy Musungayi Bampale, Robert Mbwinga Bila, Henri Yav Mulang, Modeste Bahati Lukwebo, Wivine Mumba Matipa, Isidore Kabwe Muewu, Néhémie Mwilanya Wilonja, Mbienga Kayengi, Lumbu Kiala, etc., mêlés à un niveau ou à un autre dans ce scandale d’un siècle congolais gâchis.
Si Néhémie Mwilanya Wilonja n’a pas, à proprement parler, fait partie d’un gouvernement quelconque, le très puissant DirCab du Président de la République Joseph Kabila Kabange dont il affirmait il y a peu vouloir perpétuer l’œuvre en acceptant de se hisser à la tête de la plate-forme politique kabiliste Front Commun pour le Congo, FCC, créée pour le service, à la base des controverses et dysfonctionnements politiques dans le pays; et si les deux derniers cités Mbienga Kayengi et Lumbu Kiala furent des fonctionnaires comptables d’Etat (le premier à la Primature, code 0561, le second au ministère des Finances, code 0536, désormais «élu» Député national), toutes les autres personnalités étaient ministres au national à l’époque des faits et occupaient des portefeuilles économiques clés: Finances, Portefeuille, Industrie, Petites et Moyennes Entreprises, Agriculture et Développement rural.
En mission, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural en fonction à l’époque Jean-Chrysostome Vahamwiti qui fut représenté par son collègue Robert Mbwinga Bila en charge des Affaires foncières.
Toutes ces personnalités sont en lien étroit avec la firme AFRICOM Commodities (PTY) Ltd, société holding de droit sud-africain malheureusement inexpérimentée, ne totalisant alors à peine que trois ans d’âge, travaillant dans la fourniture d’équipements, de matériels et d’intrants agricoles, qui est choisie pourtant pour réaliser un projet agro-industriel pharaonique de près de 1 milliard de US$. Elles sont mêlées dans la conduite et la signature des contrats dont une Convention d’actionnaires datée du 24 mars 2015.
Des contrats de gré à gré, n’ayant pas, comme plusieurs autres, respecté la loi sur la passation des marchés publics, n’ayant jamais sollicité, ni requis l’autorisation de la DGCMP, la Direction Générale de Contrôle des Marchés Publics, sortant très souvent, des cadres légaux. Dans la foulée de ce projet de Bukanga Lonzo, plusieurs sociétés voient le jour pour servir de paravent dans ce qui est une véritable toile d’araignée, une opération de «corruption et de fraude à grande échelle», reconnaît dans un email, daté du 17 novembre 2020, l’un des administrateurs sud-africains, Christo Grobler.
Parmi ces sociétés-écran qui rénumèrent indûment cette mafia, on cite PARCAGRI SA (aménagement et gestion du Parc agro-industriel, 85% des parts pour l’Etat congolais, 15% pour AFRICOM), SEPAGRI SA (exploitation du parc, 70% des parts pour l’Etat, 30% pour AFRICOM), MARIKIN SA (Marché… International de Kinshasa pour l’écoulement des produits du parc dont nul ne saura le pourquoi de cette appellation inutilement bling-bling de «marché international», 50% des parts pour l’Etat, 50% pour AFRICOM…), AFRICOM Commodities DRC SARL.
A l’issue d’arrangements douteux, Ida Kamonyi Naserwa, épouse d’un homme politique congolais en vue, se fait bombarder au poste de Directeure générale du PARCAGRI SA.
Depuis, soucieuse de se prévenir de toute poursuite en s’assurant d’une immunité parlementaire, elle a fait le choix, comme d’autres membres de cette mafia de premier ordre, de se faire élire «Honorable», préférant elle, la Chambre haute du Parlement où, plus que jamais, seule suffit une montagne de billets de $US à distribuer à un corps électoral plus réduit…
Total des fonds décaissés par ces « partenaires » d’un Etat failli pour un projet de parc agro-industriel de Bukanga Lonzo présenté comme un projet majeur devant pousser le Congo à l’émergence économique et sociale : 287.050.817,91 US$.
Des fonds liquidés par le Trésor public (285.939.621,87 US$), le reste – soit 1.115.196,04 US$ – déboursé par le FPI, le Fonds de Promotion de l’Industrie.
Premier d’une longue liste des personnalités, selon toute vraisemblance, déjà dans le box des accusés, à en croire toutes les sources judiciaires dans la Capitale : Augustin Matata Ponyo Mapon.
Il fut de 2003 à 2010 Directeur général du BCeCo, un Bureau central où il coordonne les financements des bailleurs de fonds en tête la Banque Mondiale, destinés à la reconstruction du Congo, déjà à l’époque, selon des articles parus dans des médias congolais, sous de hauts soupçons de détournements de fonds, ministre des Finances de février 2010 à avril 2012, puis, fulgurante ascension, est nommé à cette date, Premier ministre.
Battu en 2011 aux élections législatives dans sa province d’origine, le Maniema, Matata Ponyo travaille à mettre en place une mosaïque de partis et regroupements politiques qu’il finance directement – en tête, le parti PR, le Parti Républicain de son ami et ex-mentor Justin Kalumba Mwana Ngongo, et le Regroupement ATEC, l’Alliance pour la Transformation et l’émergence du Congo, dont il est l’Autorité Morale – qu’il affilie prudemment au FCC pro-Kabila, tout en étant sur papier membre de l’alors parti présidentiel PPRD et qui recrutent des amis et mentors amenés au gouvernement quand il y devient Premier ministre et de se faire élire… «Honorable Sénateur» en 2019. Pas avant d’avoir obtenu une chaire d’Université longtemps rêvée.

«AUTEUR INTELLECTUEL».
Le Premier ministre tient tellement à ses amis que quand en juin 2015, le très puissant ministre des Transports et Communications Justin Kalumba Mwana Ngongo est sous le coup d’une motion de défiance au Parlement, il lui fait faire le faux malade afin de l’extraire de la battue parlementaire, le fait admettre au centre médical Diamant, au centre-ville, lui signe un ordre de mission, organise son exfiltration à l‘étranger quand le ministre se balade dans un salon d’exposition en Europe. A son retour au pays, aucun Député – ni aucun Congolais – ne se souvient de rien.
Tous les documents authentifiés rassemblés et consultés par Le Soft International (des centaines de pages, des mémos, des témoignages, un rapport d’audit du très réputé comptable de Cleveland Ernst & Young datant de 18 février 2016, etc.) renseignent Augustin Matata Ponyo Mapon comme «auteur intellectuel» (conception, planification, paiements de plus de 83% de fonds à des entreprises sud-africaines directement versés dans des comptes dans le pays de Nelson Mandela où régulièrement la fratrie se retrouve pour le partage du butin de guerre).
C’est lui et lui seul qui gère directement le projet Bukanga Lonzo assisté de son cabinet de la Primature et de son ministre délégué aux Finances Patrice Kitebi Kibol Mvul. Comme d’ailleurs tout autre dossier «faussement économique émergent» de sa Primature validé à la va-vite lors de ses réunions de l’aurore sinon de l’aube, en premier, celle du «secteur productif» qui regroupe des ministères clés d’assiette.
Dans ces mêmes colonnes, dans un dossier, «Fibre optique, qui veut cacher qui?», il est écrit : «Pourquoi les Chinois de CITCC (la firme ayant construit la ligne de la fibre optique Muanda-Kinshasa avec des malfaçons, ndlr) avaient refusé de se présenter devant la Commission d’enquête parlementaire Mayobo pour être auditionnés? Qui les avait entêtés? Pourquoi le ministre délégué des Finances Patrick Kitebi Kibol Mvul, actuellement patron du Fonds de Promotion de l’Industrie – agissant sous les ordres du Premier ministre, Chef du Gouvernement Augustin Matata Ponyo – avait rejeté l’invitation de se présenter devant la Commission parlementaire?
Lequel Augustin Matata Ponyo avait été ministre des Finances à l’époque du dossier fibre optique? Pourquoi le Président Kabila avait-il décidé de ne traiter de ce dossier – son suivi, contrats et paiements ayant été conclus et effectués des mois avant la nomination de Tryphon Kin-kiey Mulumba aux PTNTIC – qu’avec le nouveau ministre au point de lui réserver à lui et à lui seul – non à un quelconque membre du Gouvernement, ni au Premier ministre – sa décision de procéder à l’inauguration de la station d’atterrage de Moanda le 8 juillet 2013?
Accusée : Ida Kamonyi Naserwa, conseillère du Premier ministre Matata à l’époque de la commission des faits. Interrogée par des OPJ, elle passe aux aveux. «Oui, des paiements furent en effet effectués au compte de la firme sud-africaine AFRICOM». Mais explique n’en avoir eu aucun contrôle.
Accusée : Louise Munga Mesozi, ministre du Portefeuille à l’époque des faits. Originaire du Sud-Kivu, elle a depuis choisi de se proclamer à la Chambre basse du Parlement comme «Honorable Députée nationale».
Citée comme complice dans un incident majeur de morale de gestion, Louise Munga serait particulièrement visée par la justice, pour n’avoir pas veillé à ce que l’Etat congolais ne libère que la quotité des parts due au capital social des sociétés PARCAGRI SA, SEPAGRI SA et MARIKIN SA. Mêmes graves accusations dans le cas de la firme AFRICOM.
Accusé : Patrice Kitebi Kibol Mvul. Originaire de Kolokoso, dans le Kwango, ancien conseiller du ministre des Finances Matata, il succède à son mentor dans l’immeuble de verre et de béton mais comme ministre délégué auprès du Premier ministre Matata Ponyo Mapon. Sorti du Gouvernement le 7 décembre 2014, il retrouve, deux ans plus tard, fin novembre 2016, un poste juteux à la tête du Fonds de Promotion de l’Industrie offert – et pour cause – dans des conditions sombres, par son mentor, à la veille de céder la Primature à l’opposant UDPS Samy Badibanga Ntita, désigné au lendemain du dialogue de la Cité de l’Union Africaine.
Depuis, en guise de reconnaissance, il confie des marchés dans la totale opacité à ses différences entreprises dont le fameux think tank Congo Challenge, une ONG Fondation Mapon qui financerait des œuvres caritatives dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du développement communautaire.
Kitebi s’emploie à financer et à stipendier partis politiques et médias, de même que cours et tribunaux, soucieux de se prémunir des conséquences néfastes d’un chaos personnel.
S’il ordonne des paiements monstre par le Trésor public dont celui de 40.122.733,10 US$ en faveur d’une autre firme sud-africaine AEE POWER SA en vue du soutirage et de la construction d’un système d’électrification du parc agro-industriel, ce n’est pas pour aider à l’émergence de la province du Kwango dont il est originaire. Il s’agit d’une surfacturation allant jusqu’à près de 20 fois la valeur des factures d’origine. En l’espèce, le montant réel était de 37.659.725,63 US$. Kitebi et d’autres pillards en col blanc sont cités dans la razzia qui s’opère sur le site sur au moins trente tracteurs, des groupes électrogènes, une dizaine de jeeps tout-terrain de marque Toyota, une dizaine de véhicules benne, des pièces de rechange, des tonnes de maïs, etc. Nombre de ces biens prennent le chemin de sa ferme agricole, à 16 kms de la cité de Mongata, dans la banlieue proche à l’Ouest de Kinshasa, voisine de celle du Directeur de cabinet du Président de la République, Vital Kamerhe Lwa-Kanyingini détenu et, depuis, condamné à 30 ans (20 ans de prison ferme, 10 ans d’inéligibilité).
Un rapport circonstancié consulté par Le Soft International cite «Son Excellence Kitebi» parmi les personnes coupables «d’actes criminels, vols, pillage, tueries des Congolais dans le parc agro-industriel (…) avec la complicité du commandant Tigre, du Colonel Ramazani, de Nduku-Pala Antoine, Mayala, Mbwa-Mabe et autres». Une vidéo postée sur les réseaux sociaux montre en grande compagnie «Son Excellence» sur le site de Bukanga Lonzo au cœur d’une opération de pillage du matériel du site.
Accusé : Matondo Mbungu, Directeur général du BCeCo, service dépendant du ministère des Finances dont un précédent D-G ne fut autre que Matata qui, depuis son départ, en 2010 après y avoir exercé sept ans durant, de 2003 à 2010, veille avec génie à la sélection de ses successeurs. Craint-il la découverte d’une boîte de pandore?
Un BCeCo qui, en l’espèce, avait la charge du marché d’électrification du parc agro-industriel. La question porte sur la connivence qui aurait existé dans le cadre de ce marché arraché au BCeCo et atterrit dans le bureau du ministre délégué auprès du Premier ministre en charge des Finances Patrice Kitebi Kibol Mvul, qui ordonne soudain des décaissements en millions de US$ au bénéfice de la firme sudaf AEE POWER SA.
Les noms d’autres personnalités sont égrenés dans ce scandale à divers niveaux de responsabilité : Henri Yav Mulang, Modeste Bahati Lukwebo, Wivine Mumba, Kabwe Muewu, etc.
Ces personnes, ministres à l’époque des faits, ont notamment pris part à une réunion en 2016 à l’issue de laquelle la D-G du PARAGRI SA, Ida Naserwa, est menacée de révocation par le Premier ministre Matata Ponyo. La question est de savoir ce qui les aurait opposés…
Selon toute vraisemblance, il s’agit de savoir qui porte la responsabilité de la gestion des millions de $US versés par le Trésor public. La main sur le cœur, Ida Naserwa confesse n’avoir jamais eu à gérer plus de 2 millions de $US dont la subvention du FPI d’un total certifié de 927.962 $US. Le reste concernerait la paie des salaires et des prestations diverses… Si elle finit par se lâcher le 18 juillet 2016 en dénonçant des détournements massifs, sa trop longue omerta consentante lui porte désormais préjudice.
D’autres irrégularités et non des moindres constatés dans la réalisation de ce projet : bien que disposant d’un actionnariat minoritaire, la firme AFRICOM Commodities (PTY) Ltd qui n’a jamais libéré ses parts dans les sociétés PARCAGRI SA et SEPAGRI SA, a été le réel gestionnaires de ces firmes du fait des initiateurs du projet Bukanga Lonzo.
Selon tous les rapports d’audit qui plongent dans ce dossier et le plombent consultés par Le Soft International, la firme sud-africaine s’est payée, avec ses complices congolais, pas moins de 232.163.936,97 US$.

DES SOCIETES SUDAFS.
Accusées : deux sociétés sud-africaines dont la société-écran DESTICLOX Pty Ltd (propriété des mêmes SudAfs Christo Grobler et Pieter Venter, disposant de la même adresse que la firme AFRICOM) qui reçoit des paiements de 11.069.300,09 US$ dont 510.883,84 US$ au titre de frais de gestion du Parc rémunérant au passage les membres de la mafia congolaise. Mais à quel titre DESTICLOX Pty Ltd perçoit ces frais de gestion par exemple dès lors que ce contrat lie l’Etat à la firme AFRICOM Commodities (PTY) LTD? Obtenir des paiements pour une activité existante est un cas de détournement des fonds publics. La seconde firme est précisément AFRICOM Commodities (PTY) LTD. Selon tous les audits dont Le Soft International a pris connaissance, en partant du système de surfacturation mis en place par cette mafia sud-africaine de connivence avec des officiels rdcongolais au plus haut niveau de l’Etat, c’est une somme de 34.150.507,00 de $US qui aurait été affectée au parc de Bukanga Lonzo, «l’estimation des fonds non justifiés représenterait un montant de 204.903.042,00 de US$».
AFRICOM Commodities est aussi accusée d’abus de confiance pour n’avoir pas libéré la quotité du capital social de 15% dans PARCAGRI, 30% dans SEPAGRI et 50% dans MARIKIN».
Il existe plusieurs autres griefs. Telle l’absence de mécanisme de bonne gestion, absence de convocation d’assemblée des actionnaires, abandon des sites exposés à différents pillages perpétrés par les plus hauts dirigeants eux-mêmes – un lot d’engins lourds, véhicules, avarie des intrants agricoles, etc. Des pertes lourdes pour le projet de parc agro-industriel.
En mars 2015, à l’annonce du projet, pour faire sexy, que n’a-t-on pas dit? Que n’a-t-on pas écrit? «Comment le Congo aurait pu l’imaginer? A une heure de route de la Capitale, voici des plaines verdoyantes du Bandundu qui s’étendent à perte de vue, où le tout-terrain glisse en toute liberté en entendant le seul bruit du moteur 12 cylindres! C’est sur ces terres à la suite de la seule volonté de Kabila que s’érige une vraie plate-forme moderne de distribution des produits alimentaires. Lancé en juillet dernier, le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo a donné en mars sa première récolte de maïs. A terme, légumes, fruits, viande de porc, poulets de chair, poissons, œufs, lait, céréales (maïs et soja), etc., vont quotidiennement inonder le marché de produits frais de la Capitale. Il fallait y penser…
Le Président de la République, accompagné des chefs des corps (Premier président de la Cour Suprême, Procureur général de la République, Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale représenté par son 1er Vice-président, etc.), le Gouvernement au grand complet, des gouverneurs de province invités pour la circonstance, des représentants du corps diplomatique, etc., a donc lancé la première récolte du parc qui s’étend sur 50.000 ha. La récolte qui a commencé en mars se poursuivra jusqu’en avril pour la première saison. Celle de la saison suivante débute en juillet et ira jusqu’en août.
Une technologie de la dernière génération permet aux moissonneuses équipées d’un système GPS, de récolter le maïs sur 5.000 ha. Grâce à la technologie installée, ces moissonneuses sauront le rendement de la récolte par zone plantée», écrit Le Soft International, daté 19 mars 2015.
Qui poursuit dans la même veine : «L’importance de la récolte au parc conduit à la mise en place d’un ensemble de silos à grains en acier et des bunkers de stockage horizontaux. Un mode de stockage qui offre une préservation efficace et économique à grande échelle de même qu’une disponibilité des grains en fonction de la demande, à en croire l’opérateur sud-africain. Bukanga Lonzo produira à terme dans ses abattoirs 48.000 poulets par jour au moins, traités et emballés.
Les abattoirs du parc – le premier d’une série à voir le jour dans le pays – font partie intégrante de la chaîne d’approvisionnement en viande de porc et de poulets. Le parc annonce la production journalière de 500 tonnes des légumes pendant les 365 jours de l’année qui iront inonder le marché de Kinshasa sous la marque de fabrique «made in RDC». Outre cela, 500 ménages vont être appuyés dans les activités agricoles grâce à deux projets : le programme des villages agricoles et le réseau africain de forêt moderne, une coopérative des femmes de Bukanga Lonzo.
« Le temps est venu pour transformer l’agriculture congolaise d’un secteur de subsistance en un puissant moteur de développement économique global», avait annoncé Joseph Kabila Kabange. Voici les voies désormais ouvertes » (text, cit.).
Que du rêve finalement imaginé en grande pompe en septembre 2014 par des Ouestafs, présenté comme LA solution au déficit alimentaire chronique congolais, qui ne vit jamais le jour. Une catastrophe financière…

ALUNGA MBUWA.
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