Au Congo, la polémique née des propos de Kagame vole la vedette au Sommet de Macron

Au Congo, la polémique née des propos de Kagame vole la vedette au Sommet de Macron

Finalement, la communication a montré une fois de plus sa puissance. Voilà qu’un sommet France-Afrique convoqué à Paris le 18 mai par le président français Emmanuel Macron, supposé trouver des financements aux économies africaines afin de redonner espoir au Continent, a été détourné par les médias qui ont relancé la polémique entre Kinshasa et Kigali.

Il a suffi que le président rwandais Paul Kagame, friand et icône des médias occidentaux, accepte d’être l’invité des deux médias français intercontinentaux Rfi et France 24 et tienne des propos qu’il savait «inacceptables» pour les Congolais, niant des crimes perpétrés au Congo par des officiers de l’armée rwandaise – «il n’y a pas eu des crimes au Congo» -, massacrant le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege qui réside à la frontière rwandaise, au Sud-Kivu, qualifié d’«outil au service des forces invisibles», pour que le feu médiatique reparte de plus belle entre les deux Capitales et, plus important, que le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo accepte pour la toute première fois depuis le début de sa présidence, il y a deux ans, de prendre la parole sur les antennes d’un média privé commercial d’audience pour s’adresser aux Congolais et donner sa réplique aux propos de Kagame.

POURQUOI A LA VEILLE DU SOMMET?

La question est de savoir pourquoi le président rwandais a, ce lundi 17 mai, à la veille du sommet France-Afrique, accepté de donner cette interview à Paris où se trouve son homologue congolais qui l’appelle familièrement, publiquement, devant les médias, «mon frère», sachant qu’il n’échapperait pas à cette question au moment où les deux Capitales tentent de normaliser leurs relations diplomatiques et économiques inexistantes, il y a deux ans, sous le régime Kabila, et quel en était l’objectif ? Le moins que l’on puisse dire est que ces déclarations étaient inamicales, mieux, provocatrices.

Kagame savait que ses propos allaient mettre le feu aux poudres dans l’opinion publique congolaise, que cela compliquerait encore les efforts entrepris par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dans le sens de la normalisation entre les deux pays.

Que visait-il alors ? Président du Rwanda, il est normal qu’il est plus préoccupé par le sort de son pays – de son image dans le monde – que par celui des Grands Lacs et, moins encore, celui du Congo, le grand ventre mou du Continent, très souvent critiqué publiquement par Kigali notamment pour son incapacité à régler la question des groupes armés dans sa partie orientale quand le Rwanda est, au même moment, unanimement vanté pour son «modèle» qu’il entreprend d’exporter.

Dans sa réplique mesurée, ayant très clairement pris l’option d’éviter de jeter de l’huile sur le feu, le président congolais prend le contre-pied de Kagame, déclare fermement que le rapport Mapping – fortement critiqué par Kagame – «a été élaboré par des experts des Nations Unies ; le Congo continue de croire qu’un jour justice sera faite à toutes les victimes de ces violences à l’Est de mon pays», poursuivant : «Je tiens à ce que la paix et la sécurité règnent à l’Est de la République démocratique du Congo; et il appartiendra à la justice de designer les coupables».

Au sujet de Mukwege, il a des paroles qui réhabilitent «l’homme qui réparait les femmes». «Dr Denis Mukwege est une fierté  nationale. Il a toute mon affection et notre reconnaissance pour le travail qu’il fait auprès  des victimes».

Il n’empêche ! Les propos du président qui a déclaré qu’il ne répondra pas à son homologue rwandais par la voie des média et qu’il dispose d’autres canaux pour lui parler, n’ont pas été, à l’ère des canaux de communication alternatifs, du goût de tout le monde.

Il faut souligner que publié en 2010, le rapport Mapping a été élaboré par le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Résultat d’un travail d’enquête de près de trente experts nationaux et internationaux pendant douze mois au Congo, il décrit les violations les plus graves des droits humains et de droit international humanitaire commises dans le pays entre 1993 et 2003.

Au moins, 617 incidents graves ont été répertoriés par ces experts. Il s’agit des massacres, des violences sexuelles et des attaques contre les enfants. Ces exactions documentées sont l’œuvre d’une série d’acteurs armés, notamment des armées étrangères sur le sol congolais, des groupes rebelles et voir même des forces du gouvernement congolais de l’époque. Il recommande la mise en place d’une juridiction spécialisée pour le Congo.

Tout était parti de la découverte macabre en 2005 de trois fosses communes dans la partie orientale du pays.

D’après les conclusions de ce rapport, la majorité des crimes commis peuvent être qualifiés de crime contre l’humanité et crime de guerre. Cependant, cette qualification ne peut être établie que par une juridiction compétente. D’où le plaidoyer pour la mise en place d’une juridiction spécialisée pour le Congo.

COVID-19 ET NEW DEAL AVEC L’AFRIQUE

Quant aux résultats du sommet qui a réuni une vingtaine de Chefs d’Etat africains et des dirigeants européens, il a été question de la crise sanitaire de Covid-19. Président en exercice de l’UA, le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a estimé nécessaire que le vaccin antiCovid devrait aussi être produit sur le continent afin de rassurer les populations.

Il l’a déclaré lors d’un point de presse à la clôture du sommet de Paris aux côtés notamment du Président français Macron et sénégalais Macky Sall.

Si les populations sont peu mobilisées au vaccin, ce serait dû, selon Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, au fait que les vaccins viennent d’ailleurs. «Il est nécessaire de viser la production de vaccin en Afrique. Je crois que ça aura un impact assez important sur l’attitude des populations, évidemment les retombés économiques aussi qui s’en suivront». Ajoutant : « C’est vrai qu’il y a quelques inquiétudes. Je dois vous l’avouer en tant qu’Africain et surtout Président de la République démocratique du Congo, qu’il n’y a pas assez de mobilisation de ce côté-là de la part de nos populations. C’est une certaine inquiétude qui est due au fait à mon sens, que le vaccin vient d’ailleurs ».

Le Président a mis un accent particulier sur l’accès au droit de propriété intellectuelle. Pour lui, il est important que les pays africains obtiennent ce droit, pour avoir la possibilité de fabriquer le vaccin contre la Covid-19. «L’Afrique fait figure de continent relativement épargné sur le plan sanitaire, avec 130.000 morts du Covid-19, selon les chiffres officiels, sur un total mondial de près de 3,4 millions. Mais elle paie un très lourd tribut économique et social, faute d’avoir pu, comme les pays les plus riches, lancer de pharaoniques plans de relance», a-t-il dit tout en saluant la mobilisation de 100 milliards de DTS promis par le FMI en vue d’aider, dans le cadre du «New Deal » entre l’Afrique et ses partenaires traditionnels, les économies africaines, même si cette somme est clairement insuffisant. Pour le président Macky Sall, cet objectif fixe «un nouveau départ, un nouvel accord pour l’Afrique».

LUTTE CONTRE LE TERRORISME

«Tous les problèmes ne trouveront pas de solution en un jour, mais il s’agit d’un changement  de paradigme», a indiqué pour sa part Emmanuel Macron qui a rappelé que les besoins en financement pour l’Afrique de 2021 à 2025 sont estimés à 385 milliards de $US.

Au-delà des contributions financières, il a également été question de la levée des brevets pour permettre à l’Afrique de produire ses propres vaccins.

«Nous soutenons les transferts de technologie et un travail qui a été demandé à l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation mondiale du commerce et aux Médecines Patent Pool (appuyé par l’ONU) de lever toutes les contraintes en termes de propriété intellectuelle qui bloquent la production de quelque type de vaccins que ce soit»,  a déclaré le Président français, Emmanuel Macron. Il défend par ailleurs «l’idée que les pays aisés puissent réallouer leurs DTS pour qu’ils aillent vers les pays pauvres, en particulier l’Afrique, pour que les 33 milliards d’aujourd’hui deviennent 100 milliards».

Emmanuel Macron a, néanmoins, mis en garde sur le fait qu’une partie des fonds, devra être affectée à la lutte contre le terrorisme qui touche toujours le Sahel estimant qu’outre la pandémie, une «charge de sécurité repose sur l’Afrique» et qu’il est «impérieux d’actualiser les règles financières en prenant en compte cette problématique majeure».

avec AGENCES.

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