Mystère à la succession Nangaa

Mystère à la succession Nangaa

Après Nangaa, qui? La démocratie que tous voulons – que tous, à savoir les confessions religieuses voulaient – va-t-elle parler ou sera-t-elle mise en cause – et avec quelles conséquences ? – dans le choix du successeur du président de la Centrale électorale ?

Elles sont huit confessions religieuses mais deux – l’église catholique par la bouche de la CÉNCO, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo et l’église protestante par l’ÉCC, l’Église du Christ au Congo – n’ont pas rallié le choix des six autres en tête l’église du Réveil, l’église kimbanguiste, les musulmans, qui ont opté pour un candidat Denis Kazadi Kadima dont aucune confession  religieuse ne conteste la technicité à ce licencié en sciences politiques et administratives de l’Université de Lubumbashi, ancien directeur du référendum et élections de l’ONU au Soudan (juillet 2010 – mars 2011), puis conseiller technique principal du PNUD en Tunisie.

Vendredi 30 juillet, les membres de cette composante de la société civile, dite Confessions religieuses, se sont séparés sans se mettre d’accord sur un candidat Président et un rapport d’absence de consensus a été établi et adressé au bureau de l’Assemblée nationale quand le groupe des six religions a fait valoir à l’Assemblée nationale son choix que nul ne cache plus : Denis Kazadi Kadima.

QU’EN DIRA L’ASSEMBLEE NATIONALE?

Dans quel sens ira la décision de l’Assemblée nationale appelée désormais à se prononcer ? Va-t-elle comprendre que finalement jamais l’église catholique, par exemple, souvent suivie par l’ÉCC, qui a présenté un candidat Cyrille Eboloko, n’avait jamais, à ce jour, adoubé un seul candidat Président de la Commission électorale nationale… indépendante et qu’elle s’est toujours opposée à tous les candidats ? En 2021, son candidat Cyrille Eboloko, est responsable du Programme d’Éducation Civique et Électorale à la Commission épiscopale Justice et paix, à la CÉNCO. Il fut la cheville ouvrière de la cellule d’observation électorale de l’épiscopat catholique qui avait déployé en 2018 environ 40.000 témoins.

En 2006, l’abbé Apollinaire Malumalu Muholongu, prêtre catholique fut contesté, dès sa désignation à l’issue du dialogue inter-congolais de Sun Ciy, soupçonné d’accointances politiques. Cela n’avait pas empêché ce prêtre catholique de revenir une deuxième fois à la tête de la CÉNI, de 2013 à 2016 qu’il quitta à sa mort, le 30 juin 2016, à Dallas.

Le pasteur méthodiste Daniel Ngoyi Mulunda-Nyanga en février 2011 connut le même sort. Même contestation pour Corneille Nangaa Yobeluo désigné le 21 octobre 2016. Voici Nangaa qui, depuis des années, a, tout comme son bureau, le mandat terminé, mais qui ne peut faire ses adieux…  Il aurait pu passer la main à l’un de ses collaborateurs, Ronsard Malonda Ngimbi, Secrétaire Exécutif National de la commission électorale, désigné par six des confessions religieuses, porté par l’ex-majorité présidentielle kabiliste. Mais à nouveau, ce furent les églises catholique et protestante rejoints par des partis politiques et des mouvements citoyens, qui s’opposèrent farouchement à ce candidat qui n’eut d’ailleurs aucune chance après que l’église kimbanguiste dont il disait être le candidat eut déclaré qu’il n’avait jamais été porté par elle.

Accusé de tous les péchés d’Israël notamment d’avoir « trop mal» organisé les dernières élections surtout législatives – les dernières opérations électorales n’avaient pu aller à leur terme, le président de la CÉNI ayant stoppé le processus de comptage publiant les résultats qu’elle-même savait, communiqués par les tenants du pouvoir d’alors – mais voilà qu’on trouve comme successeur à Nangaa, son propre Secrétaire Exécutif National de la Commission Électorale, l’homme qui fut en première ligne dans les tripatouillages de novembre 2018.

« Avoir ce Monsieur que je respecte par ailleurs et dont je reconnais le professionnalisme, la technicité, etc., l’avoir à la tête de la CÉNI, c’est la continuité de l’ancienne CÉNI. Est-ce que les Congolais accepteraient cela ? L’enjeu est de taille. Il s’agit de redonner la confiance du peuple congolais au système électoral. Si on doit aller aux élections avec la CÉNI Nangaa-bis, il y a aura peu de Congolais qui se mettront debout pour aller voter», avait expliqué le Secrétaire général de la CÉNCO, l’abbé Donatien Nshole Babula, la parole de la Conférence Épiscopale.

Puis : «Il y a eu blocage parce que chacun tenait à son candidat. Les autres ont fait bloc pour soutenir la candidature de Malonda. Pour l’ÉCC et la CÉNCO, c’est tout sauf ça. Ça doit être clair. Cela parce que c’est lui le secrétaire exécutif de la CÉNI qui nous a conduit aux dernières élections. C’est lui la cheville ouvrière du point de vue technique. C’est lui le technicien qui a combiné tout ce que nous avons déploré aux élections de 2019 ». « Ce pays va décoller le jour où ceux qui sont au pouvoir vont comprendre que pour rester au pouvoir, ils doivent travailler de sorte à satisfaire la population. Si ça continue comme aujourd’hui, avec ceux qui pensent que pour rester au pouvoir, il faut des combines avec la complicité de la CÉNI, le peuple congolais continuera dans la souffrance (…). La CÉNCO et l’ÉCC disent non à une CÉNI qui sera la continuité de Nangaa ».

«PRESSIONS, MENACES, CORRUPTION».

Aujourd’hui, le refus des catholiques et des protestants d’accepter le candidat des six autres confessions, est présenté comme la conséquence des « pressions, menaces et tentatives de corruption », « ce qui remet en cause son indépendance et sa crédibilité», déclarent-elles publiquement même si ces confessions se déclarent en même temps être «ensemble ».

« Toutes les huit confessions religieuses sont présentes. Cela démontre à suffisance que nous sommes appelés à travailler ensemble. Nous constituons une autorité morale importante dans notre pays, la République Démocratique du Congo», déclare Mgr Marcel Utembi Tapa, le président de la CÉNCO, à l’issue de l’une de leurs rencontres. Puis : «Nous nous préparons à aller déposer le rapport de notre travail à qui de droit. Et ce n’est que lui qui peut donner d’autres commentaires pour réserver une issue quelconque à ce travail».

Quelle pourrait être cette issue ? «Dans la première écriture de la loi (de la CÉNI, ndlr), il était écrit que si le compromis n’est pas trouvé entre les forces, c’est à l’Assemblée nationale de trouver une solution. Mais dans la forme finale de l’article 12, il est dit qu’en cas de non-entérinement, la commission paritaire Assemblée nationale et Sénat devra retourner le travail à la composante Société civile», soutient le député MLC constitutionnaliste Jacques Djoli, ancien 1er Vice-président de l’abbé Malumalu. Puis : «Lorsqu’il y a des contestations, c’est la commission paritaire qui essaie de trouver des mécanismes de concertation et de solution ». Mais poursuit : «Il est important que chacun de nous puisse intérioriser l’impératif d’une démarche concertée, consensuelle pour éviter une CÉNI problématique».

Reste que si les églises promptes à critiquer les politiques, sont une solution, si elles ont une leçon à donner aux politiques quand, face à six contre deux, elles ne peinent à se mettre d’accord.

ALUNGA MBUWA.

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