Les Cathos face au pouvoir

Les Cathos face au pouvoir

Il n’y a certainement pas un pays au monde où l’église est si tant au coeur de la politique.  Qu’elle donne ses avis sur la marche de la cité, cela passe. Qu’elle paraisse aussi fermement imposer ses lois voire user des vetos comme lors de la désignation des présidents de la centrale électorale et exiger publiquement une «alternance politique», il existe peu de cas aussi flagrants sauf en Afghanistan où, à l’aide des armes, l’Islam avait pris le pouvoir et veut le reprendre désormais et gouverner avec le départ des troupes américaines ou dans nombre d’autres pays ayant institué une religion d’État. Et la plupart sont des pays musulmans – Afrique du Nord, Péninsule arabique, État juif d’Israël. Il existe aussi certes plusieurs pays chrétiens – le Royaume-Uni anglican, mais aussi des catholiques, le Costa Rica et la République dominicaine, ainsi que deux pays officiellement bouddhistes, le Bhoutan et le Cambodge. Dans ces pays, la religion officielle figure généralement dans la Constitution, et le chef de l’État est bien souvent tenu d’y appartenir.

On sait également que nombre d’états dans le monde sont hostiles à toutes les religions. C’est le cas de la Chine, de Cuba, de la Corée du Nord, et de plusieurs anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

Bien que comptant, selon des sources, 30% de catholiques, le Congo est un pays laïc proclamé par la Constitution.

Dès l’article 1er de la la loi fondamentale de février 2006, rédigée à l’issue du Dialogue inter-congolais et de la signature le 17 décembre 2002 à Prétoria de l’Accord Global, la République Démocratique du Congo se veut, « dans ses frontières du 30 juin 1960, un Etat de droit, indépendant, souverain, uni et indivisible, social, démocratique et laïc ». A l’article 22 de cette Constitution, on lit : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Toute personne a le droit de manifester sa religion ou ses convictions, seule ou en groupe, tant en public qu’en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques, l’accomplissement des rites et l’état de vie religieuse, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui. La loi fixe les modalités d’exercice de ces libertés ».

LA GRANDE COLERE DU CARDINAL FRIDOLIN AMBONGO.

Pourtant, l’Etat a toujours fait face à la religion. Le pouvoir colonial dut affronter l’église kimbanguiste et mit en prison en le reléguant au Katanga son chef Simon Kimbangu.

Mobutu fit face au Cardinal Joseph-Albert Malula. Le Cardinal Frédéric Etsou Nzabi Bamungwabi donna du fil à retordre à l’éphémère président Laurent-Désiré Kabila. Le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya aura légué au monde cette phrase célèbre : « Que les médiocres dégagent pour que règnent la paix et la justice en RD Congo».

Le Cardinal Monsengwo réagissait ainsi à l’entrée de la police en décembre 2017 dans des lieux de culte dans la Capitale.

A la suite de cela, l’homme de Die était monté en première ligne : « Nous en voulons pour preuves : le fait d’empêcher les fidèles chrétiens d’entrer dans les églises pour participer à la célébration eucharistique dans les différentes paroisses de Kinshasa, le vol d’argent, d’appareils téléphoniques, la poursuite, la fouille systématique des personnes et de leurs biens dans l’église et dans les rues, l’entrée des militaires dans les cures de quelques paroisses sous prétexte de rechercher les semeurs des troubles, les tueries, les tirs à balles réelles et à bout portant sur des chrétiens tenant en mains bibles, chapelets, crucifix et statues de la Vierge Marie ».

L’archevêque de Kinshasa se demandait comment faire encore confiance à des dirigeants incapables de protéger la population, de garantir la paix, la justice et l’amour du peuple.

« Comment ferions-nous confiance à des dirigeants qui bafouent la liberté religieuse du peuple? ».

A ses obsèques officielles, devant le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, son homologue brazza-congolais Denis Sassou Nguesso et diverses délégations étrangères, le successeur de Monsengwo, le Cardinal Fridolin Ambongo avait pu avoir ces mots dans son homélie : «Honorer la mémoire du Cardinal Monsengwo c’est aussi devenir des artisans de paix, de justice, de l’instauration de l’Etat de droit. Pour que le vivre ensemble soit possible en Afrique et au Congo. La meilleure façon d’honorer la mémoire de ce personnage qu’est Laurant Monsengwo Pasinya c’est de s’engager résolument pour que les richesses immenses dont Dieu a doté notre pays servent réellement au bien de nos populations et non à un petit groupes de privilégiés».

Fin décembre 2017, les catholiques congolais avaient appelé à une « marche pacifique », un dimanche, un an jour pour jour après la signature sous l’égide des évêques d’un accord prévoyant des élections fin 2017 qui donneraient lieu au départ du pouvoir du président Joseph Kabila.

Toute l’opposition et la société civile qui réclamaient ce départ dès ce 31 décembre 2017 s’étaient jointes à l’appel à une marche à hauts risques, interdite par les autorités comme les précédentes manifestations.

« Les laïcs marcheront demain (dimanche). L’autorité urbaine et la police doivent jouer leur rôle dans la protection des personnes et des biens », déclarait à l’fp Léonie Kandolo, l’une des porte-parole des organisateurs. « Peuple congolais, prenons notre destin en main. Le Congo notre beau pays va mal ». Ainsi commence l’appel lancé début décembre par des « laïcs chrétiens » réunis sous la bannière d’un « Comité laïc de coordination » (CLC), qui invite les catholiques à sortir dans la rue après la messe dans les quelque 150 paroisses de Kinshasa.

A Uvira, dans le Sud-Kivu, une radio communautaire Messager du peuple fut fermée pendant six heures pour avoir diffusé le message sur la marche des laïcs catholiques. Les fidèles avaient été invités à marcher avec des bibles à la main. La veille, samedi, la police et l’armée avaient été déployées devant le siège du Parlement et de la commission électorale.

Comme l’épiscopat, le CLC, qui vit le jour à l’initiative du Cardinal Monsengwo, demandait au président Kabila de déclarer publiquement qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession. Et tout comme l’opposition, il demandait la libération « sans conditions » des « prisonniers politiques », « la fin de l’exil des opposants menacés de prison », et un calendrier électoral « consensuel ».

Au pouvoir depuis 2001, élu en 2006, réélu dans la contestation en 2011, Joseph Kabila n’avait pas organisé d’élections à la fin de son deuxième et dernier mandat le 20 décembre 2016.

Après la mort de dizaines de manifestants anti-Kabila fin 2016, le puissant épiscopat a parrainé un accord majorité-opposition il y a tout juste un an, le 31 décembre 2016, prévoyant notamment des élections au plus tard en décembre 2017.

«ETAT PREDATEUR, POUVOIR ILLEGITIME» DECLARE LE NONCE.

Le 5 novembre, la commission électorale a finalement renvoyé les élections au 23 décembre 2018, affirmant que les violences dans le Kasaï avaient retardé le recensement.

Avant comme après ce calendrier électoral, toutes les manifestations de l’opposition ont été systématiquement interdites, réprimées et dispersées, avec un mort, des dizaines de blessés et d’arrestations le 30 novembre. Les organisateurs de la « marche pacifique » avaient invité « la population à n’accepter aucune forme de violence » et « à ne pas considérer les policiers, les militaires, et autres agents de services de sécurité comme des ennemis, et réciproquement ».

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise ou ses fidèles défiaient frontalement le pouvoir. En février 1992, le même « comité laïc de coordination» avait organisé une marche contre la dictature du Maréchal Mobutu, accusé de ne pas vouloir reprendre les travaux d’une « conférence nationale ».  supposée libéraliser le régime.

L’archevêque de Kinshasa, le Cardinal Etsou s’était farouchement opposé à cette marche. La répression qui s’en était suivie avait causé la mort de plusieurs dizaines de manifestants.

La colère de l’Eglise contre le pouvoir politique s’exprime clairement depuis plusieurs années.

« Le résultat des élections ne sont conformes ni à la vérité, ni à la justice », avait déclaré en décembre 2011 l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo, après l’annonce de la réélection contestée de Joseph Kabila.

Officiellement, la puissante conférence épiscopale (Cenco) qui avait parrainé les accords du 31 décembre 2016 ne s’était pas prononcée sur la marche des laïcs. En novembre, les évêques s’étaient déclarés « profondément déçus de se retrouver dans le même contexte de tensions qu’à la fin de l’année 2016. Le peuple ne tolérera pas que cela se répète en 2018 ».

En septembre, le nonce apostolique argentin, Mgr Luis Mariano Montemayor, un proche du pape François, avait fait fi de toute politesse diplomatique en dénonçant «un Etat prédateur», après une visite auprès des déplacés du Kasaï.

Il avait rappelé que le pape refusait de se rendre au Congo dans le contexte actuel, pour ne pas soutenir « un pouvoir illégitime ».

Avec AGENCES.

 

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