Nangaa va enfin quitter

Nangaa va enfin quitter

Ni l‘abbé Apollinaire Malu Malu Muholongu, ni le pasteur Daniel Ngoy Mulunda-Nyanga, ni Corneille Nangaa Yobeluo n’avait fait le consensus des chefs religieux.

Jamais, à ce jour, ceux en charge de désigner le président de la Centrale électorale nationale n’avaient réalisé le moindre compromis sur la question. Présenté par l’église kimbanguiste, soutenu par six des huit confessions religieuses, alors que le mandat de l’actuel président de la Centrale électorale est échu depuis deux ans et que Corneille Nangaa Yobeluo attendait de passer le flambeau, Denis Kadima Kazadi qui présentait, de l’avis de tous les chefs religieux, toutes les compétences techniques, allait-il faire la différence? On aurait pu rêver mais c’est mal connaître la classe politique congolaise – y compris société civile et chefs religieux.

Gros nuages au sein de l’USN ?

En dépit de plusieurs délais accordés par le bureau de l’Assemblée nationale, à l’issue de l’ultime réunion le 2 octobre dernier, les huit confessions religieuses s’étaient séparées sans consensus. La question revenait à l’Assemblée nationale, à laquelle le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait demandé de mettre fin au blocage avant la fin de la session parlementaire en cours.

Samedi 16 octobre, lors d’une plénière marquée par des incidents, la commission paritaire présidée par le député UDPS André Mbata Betukumesu Mangu en charge d’examiner les dossiers individuels des candidats, a présenté son rapport qui a été adopté. Denis Kadima Kazadi a été entériné comme nouveau président de la CENI. Sur les 15 postes qui composent la plénière de la CENI, 12 candidats ont été entérinés et trois postes restent à pourvoir. Si les chefs catholiques (CENCO, Conférence épiscopale nationale du Congo) et protestants (ECC, Église du Christ du Congo) n’ont pas approuvé la candidature de Kadima, le FCC et Ensemble pour la République de Moise Katumbi Chapwe n’ont pas délégué leurs candidats. Les Katumbistes rejoignaient le FCC de Kabila et Lamuka du duo Fayulu-Muzito qui réclamaient un consensus. Selon le président de l’Assemblée nationale Christophe Mboso Nkodia Mpwanga, la Chambre basse s’est acquittée de ses obligations. Nangaa peut passer la main.

Au Président de la République de signer l’ordonnance d’investiture des membres de la nouvelle Céni qui comprend Ilanga Lembow Bienvenu (Premier vice-président), Nseya Mulema Patricia (Rapporteur), Muhindo Mulemberi Paul (Rapporteur adjoint), Birembano Balume Sylvie (Questeur adjoint) et comme membres Lepemba Pascal, Boko Matondo Fabien, Ditu Monizi Blaise, Bimwala Roger, Ngalula Joséphine, Bisambu Gérard,

Omokoko Asamoto Adine. Les postes de Deuxième Vice-président et de Questeur restent à pourvoir.

Reste cette grande colère des Katumbistes qui ne cessent de menacer. Vont-ils franchir le pas en rompant les rangs de l’Union Sacrée quand d’aucuns parlent de gros nuages sur la coalition ? Mais avec qui ?

Au départ, ce fut un avertissement par communiqué sans fioriture adressé au Président de la République, Chef de l’Etat sur la proposition de « loi Tshiani ».

Si ce texte est programmé par l’Assemblée nationale, qu’il soit adopté ou pas, « c’est notre départ de l’Union sacrée ».

La proposition de loi émanant de l’un des candidats à la Présidentielle de décembre 2018, Noël K. Tshiani Muadiamvita porte sur le verrouillage à l’accès à certaines fonctions de l’Etat, en premier, « la Présidence de la République en ne réservant cette haute fonction qu’aux Congolaises et Congolais nés des père et mère congolais », expliquait son auteur dans un tweet.

Or, le richissime Moïse Katumbi, qui a fait fortune comme gouverneur du Grand Katanga, qui multiplie les moyens et les alliances pour se présenter à l’élection présidentielle de 2023, est né d’un père étranger.   

Sollicité au poste de Premier ministre en février dernier, il a stratégiquement repoussé l’offre tout en présentant plusieurs de ses proches à des postes clés au sein du Gouvernement de l’Union Sacrée (Affaires étrangères, Transports, Enseignement supérieur, Affaires sociales, etc.) formé par un de ses proches, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge.

La menace de Moïse Katumbi Chapwe était prise très au sérieux par le pouvoir au point qu’annoncée au calendrier de la Chambre basse, «la proposition de loi Tshiani» portée par un député, n’y trouvait pas sa place.

De passage à Goma, l’homme qui a créé un parti Ensemble pour la République dont il est le président, déclare, lors d’une conférence de presse le 27 septembre 2021, avoir tourné la page de cette loi qui fut «juste une distraction».

« Le Congo n’a pas besoin de la division, mais le plus important c’est le social et la situation socio-économique de la population congolaise», expliquait celui qui avait été exclu en 2018 de la course à la présidence de la République par le régime Kabila et qui a regagné le pays à l’avènement de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo après que des facilités notamment un passeport, lui firent accordées.

C’est quoi cette «réévaluation»?

Ce même 27 septembre, la proposition de loi Tshiani venait d’être retoquée par le bureau d’étude de l’Assemblée nationale, estimant qu’elle « énerve certaines dispositions de la Constitution et qu’il faudrait au préalable réviser la Constitution pour l’inscrire à l’ordre du jour ».

Depuis, on rêvait de l’apaisement. C’est oublier l‘autre dossier : la composition de la Centrale électorale nationale. Qui la présidera la CENI ? Qui y siégeront? Quel (s) poste (s) sera (seront) accordé (s) à Ensemble pour la République et à ses proches ? 

La veille de cette plénière, un nouveau communiqué du parti de Moïse Katumbi signé le 15 octobre par les deux groupes parlementaires MS-G7 et AMK et Alliés (70 députés). Il annonce  la réévaluation de la participation des Katumbistes au sein de l’Union sacrée suite au manque de capacité à faire régner l’ordre et la justice. Signé par les députés Dieudonné Bolengetenge Balea, secrétaire général d’Ensemble pour la République, Denis Kashoba Kabonshi et Jean-Claude Kibala N’kolde, présidents respectivement des groupes parlementaires AMK &Alliés et MS-G7, le texte au ton rarement atteint («mascarade», «nouveau cafouillage électoral», «méthodes cavalières et arbitraires», «farce», «plaisanterie de mauvais goût», etc.) écrit «que les principes et valeurs qui ont fondé l’Union Sacrée sont trahis chaque jour au profit des intérêts de quelques individus au détriment de la justice et du bien-être du peuple congolais».

« Dans ces conditions, Ensemble et les deux groupes parlementaires s’engagent à réévaluer la situation du pays ainsi que leur participation au sein de l’Union Sacrée. Ils en appellent à la mobilisation des Congolais de toutes les tendances politiques, de toutes les provinces, de toutes les religions, de tous les âges, afin de sauver notre seul et unique pays de la décadence et du chaos ».

« Alors que la République démocratique du Congo est notre pays à tous, notre patrimoine commun et le plus important ; alors que le peuple congolais souffre énormément d’une misère atroce du fait des carences de la gouvernance publique, du mépris et du cynisme de la classe politique, des appétits gloutons des certains dirigeants, de l’incapacité à faire régner l’ordre, la clique à Mboso (du nom du président de l’Assemblée nationale) veut poursuivre dans la voie de l’arbitraire et renforcer les conditions de l’esclavage de la majorité de nos compatriotes ».

Mais c’est quoi exactement cette «réévaluation» qui clairement n’effraie pas trop le camp du pouvoir ? Signifie-t-elle le départ des Katumbistes du Gouvernement? L’opération ne serait pas nouvelle. Dans le passé, ceux-ci avaient déjà claqué les portes de l’alliance des Kabilistes… Bis repetita ? Mais autres temps, autres mœurs ?

ALUNGA MBUWA.

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