Les FCC réclament des négociations politiques

Les FCC réclament des négociations politiques

Après une halte d’observation d’un peu plus d’un an après l’annonce solennelle par le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 6 décembre 2020, de la fin de la coalition FCC-CACH voici le FCC, Front Commun pour le Congo, qui donne de la voix.

«PROCESSUS ÉLECTORAL CORRIGÉ».
Tout débute avec les déclarations fracassantes de l’ancien Directeur de Cabinet de Joseph Kabila Kabange sur la chaîne de la francophonie TV5 très suivie au Congo.
De passage à Paris, le 19 mars 2022, profitant de la sortie de son livre «La République démocratique du Congo sous Joseph Kabila, Devoir de mémoire», Éd. L’Harmattan, Néhémie Wilanya Wilonja, l’un des commandants de bord des FCC kabilistes, fait grande sensation. «Joseph Kabila, déclare-t-il, en quittant le pouvoir à 47 ans, est resté un acteur majeur de la politique. Il a une famille politique avec laquelle il faudra compter dans toutes les échéances électorales à venir. Et, à 50 ans, je crois qu’il n’a pas pris sa retraite. Pour l’instant, il travaille sur sa famille politique et essaie de la sortir de la crise de croissance subie. Ne donnez pas une autre appréciation à tout ce que vous assistez. C’est un peu de vivacité de toute sa famille politique…».
Prié d’en dire plus sur ce retour annoncé au pouvoir, l’homme à la voix univoque, se relance : «Rien ne l’interdit, mais le moment venu, il devra lui-même se décider évidemment avec sa famille politique et des options seront levées démocratiquement. Mais tout cela devra se passer dans un processus électoral corrigé parce que pour le moment, ce processus est totalement biaisé et nous ne voyons pas comment poursuivre notre action dans ce cadre».
Après ces déclarations de Paris à ce niveau de responsabilité, une réunion des FCC se tient à Kinshasa. Néhémie y est en première ligne.
Mais c’est un porte-parole du PPRD, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, parti phare des FCC, dont Joseph Kabila est président, qui prend la parole.
Sur une radio commerciale à Kinshasa, le député national François Nzekuye Kaburaza qui préside le groupe parlementaire PPRD à la Chambre basse, prolonge les propos de Néhémie : «Nous considérerons que la Commission électorale nationale indépendante n’est pas en mesure de rassurer tous les compétiteurs. Nous voulons d’une CÉNI consensuelle, conforme à la loi pour que les élections se passent d’une manière libre, transparente et équitable», déclare-t-il sur Top Congo fm.
Ces réclamations ne favoriseraient-elles pas un glissement, en clair, un report des élections? Réponse du député : «Nous ne planifions pas le glissement. Ces conditions peuvent être remplies en moins d’un mois, s’il y a la bonne volonté. Sinon, on a l’impression qu’il s’agira d’un match d’entraînement où nos adversaires se préparent à se partager les postes avec une CENI à leur coupe et une Cour constitutionnelle sous leur botte».
De poursuivre : «Nous avons dénoncé le fait que Kadima (Denis Kadima Kazadi, le président de la CÉNI) est de l’UDPS, ceux que l’on prétend être du Front Commun pour le Congo dans ce bureau, ont été investis illégalement, sans mandat du FCC et nous continuons à dénoncer le fait que le secrétaire exécutif et le secrétaire exécutif adjoint (de la CÉNI) sont membres de l’UDPS et même membres des familles biologiques de certains cadres de l’Union sacrée».
Le 26 mars, c’est l’ancien ministre de la Santé, le Dr Félix Kabange Numbi qui n’a pas sa langue dans sa bouche, qui fonce encore plus : « Le FCC tient à la participation de toutes les parties prenantes au processus électoral. Ceci passe par la recomposition du bureau et de la plénière de la CENI, une loi électorale consensuelle et une Cour constitutionnelle remaniée selon la loi et la Constitution ».
Tout désormais limpide. Les Kabilistes qui savent comment, dans le passé, lors des rounds électoraux, ils ont opéré en fabriquant des listes des élus aux Législatives, soupçonnent le nouveau pouvoir d’être tenté par ces méthodes, ce qui les enverrait pour longtemps dans l’oubli et signerait leur arrêt de mort. Ils se rappellent comment les leurs parmi les plus emblématiques les ont quittés ou vont les quitter, ont traversé la rue, ont occupé et occupent des postes de souveraineté sans, pour l’heure, avoir à se plaindre. Bien au contraire…
Le FCC déroule donc une machine planifiée en vue d’obtenir du pouvoir l’ouverture des négociations politiques avec à la clé des concessions substantielles des parties.

ON RASSURE : «AU PPRD, IL NE SE PASSE RIEN».
Ces hauts cadres ont eu le temps de faire pression sur leur leader, le sénateur à vie Joseph Kabila qu’ils soupçonnent de les avoir abandonnés en ne pensant qu’à sa «survie» et à celle de sa famille biologique.
« Le temps est venu qu’il nous écoute », avertit l’un d’eux.
Pas sûr, pour qui le connaît, que Kabila résiste à la saillie des derniers des Mohicans. Lui qui a assisté à la fameuse «crise de croissance» de son parti PPRD et de son regroupement FCC sans rien lâcher quand des mouvements des jeunes, pendant des semaines et sur tous les médias, proclamaient la défenestration des caciques. En tête, Néhémie mais aussi et surtout, le dauphin à la Présidentielle de décembre 2018, le secrétaire permanent du PPRD Emmanuel Ramazani Shadary. A ces mouvements de la ligue des jeunes, ce ne sont pas les arguments massue qui ont fait défaut. Après la Cour constitutionnelle et «le départ en exil» du juge président Benoît Lwamba Bindu, après le basculement inédit de la majorité parlementaire suivi de la chute de Jeannine Mabunda Lioko Mudiayi à la tête de la Chambre basse, celle d’Alexis Thambwe Mwamba à la chambre haute, la destitution du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, les jeunes au PPRD ont sauté sur l’occasion pour «prôner, au sein du PPRD, l’émergence des nouvelles pensées. Renouveler et rajeunir la classe politique en y plaçant des hommes intègres non manipulables. Démocratiser le PPRD, le renouveler conformément aux enjeux de l’heure et au regard du bilan macabre que tout le monde connaît. Mettre de côté tous les visages qui ne sont plus consommables par l’opinion. Mettre fin au népotisme qui caractérise Emmanuel Shadary, le Secrétaire permanent honoraire », égrène Me Jimmy Ngalasi, coordonnateur de ces jeunes qui se dénommaient « la force du changement ».
Il déclare «s’opposer à la manière dont les caciques ont conduit Joseph Kabila à la ruine, voulant faire du PPRD, un MPR bis» ; «ce combat intervient après plusieurs humiliations institutionnelles que traverse le parti. Et le départ de Shadary est l’alternative crédible»; une guerre qui jouit de «la bénédiction de Joseph Kabila».

«CE N’EST PAS ÇA QUI INTÉRESSE KABILA».
Mais au PPRD, du côté de ces caciques, on relativise tout. Ces «vieux sont loin de se laisser intimider. Au PPRD, il ne se passe rien», assure Ferdinand Kambere, l’un des Secrétaires permanents de l’ex-parti présidentiel.
En faisant lui aussi mouche… «On ne va pas suivre tous ceux-là qui veulent partir, qui sont en train de jouer la carte de l’ennemi partout où ils vont. Celui qui veut partir, qu’il parte. Les députés sont partis. Eux, ils ne seront pas les premiers à partir. Kamerhe était parti. Moïse Katumbi également. Si quelqu’un croit que ses aspirations ne sont plus au parti, on ne peut l’empêcher. Les gens adhèrent librement et peuvent partir librement. Ils ont choisi un mauvais contexte», rajoute-t-il, croyant en la stabilité de son parti. «Ils croient qu’ils vont déstabiliser le parti mais le PPRD est très très bien structuré. Je ne sais pas par où il vont commencer pour mettre la pression sur le Président national du parti qui est Joseph Kabila. Ils n’ont qu’à aller se promener ailleurs. On est stable. Imperturbable».
Puis : «Le président national du PPRD suit ce qu’il se passe mais ce n’est pas ça, ce qui l’intéresse. Les priorités du parti ce n’est pas ce qu’ils racontent. Grand parti comme le nôtre, même après le départ de tous ces députés nationaux, le PPRD va rester le parti le plus fort et le plus grand alors ».
A-t-il raison? Certes, depuis, tout au PPRD semble être rentré dans l’ordre. Sauf que Kambere a été sorti de la scène. Une bagarre dans un restaurant de la ville l’a conduit devant les tribunaux, suivie de son arrestation.
Poursuivi pour tentative de meurtre suite à une plainte d’«un jeune du PPRD» qui se serait filmer le visage couvert de sang au visage après qu’il eût reçu des coups de poings de Kambere, le ministère public a requis, le 7 mars, la peine capitale contre le haut cadre du PPRD. Le 17 mars, c’est à six mois de servitude pénale que le Tribunal de Grande Instance l’a condamné. Kambere a interjeté appel. Tout comme le ministère public. Détenu à Makala depuis trois mois, le secrétaire permanent du PPRD attend d’être fixé sur son sort.
Pour lui, ce procès a permis de comprendre que ce mouvement qui s’appelle révolutionnaire, cherchait sa tête. « Il est passé par le canal du professeur Nyabirungu pour m’atteindre. Ils vantent ce poste et le qualifient de juteux. Il n’est pas surprenant d’apprendre qu’ils enviaient ce poste profitant de ma détention». Puis : « Je suis poursuivi pour tentative de meurtre. Le ministère public a balbutié. Il n’était pas capable de développer les éléments constitutifs de tentative de meurtre. Je ne suis pas poursuivi pour meurtre. Ici, personne n’est mort ».
Si le cyclone s’est calmé, le FCC reste convaincu que le pire pour ses cadres est à venir. Crainte d’une dévastation par l’effacement aux prochains scrutins. De là la sortie du bois par l’appel aux négociations…

D. DADEI.

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