2023 ce que l’année réserve au Congo

2023 ce que l’année réserve au Congo

La politique autorise-t-elle toutes les alliances ? Prix Nobel de Paix, Mukwege, «l’homme qui répare les femmes», coalise avec l’ex-Premier ministre accusé de détournement !

PARIS, BRUXELLES, KINSHASA.
Le Soft International n°1571 |JEUDI 29 DÉCEMBRE 2022.

Tout est dans les chiffres. Nulle part ailleurs. Combien d’enfants comptez-vous dans votre famille ? Quel revenu avez-vous en fin de mois ?

Et, en l’espèce, comment ne pas se réjouir? En cette fin d’année 2022, plus que jamais à ce jour, les chiffres officiels congolais sont encourageants voire très encourageants. Jamais le budget de l’État n’avait été si haut. Le budget attendu en 2023 est de l’ordre de 16 milliards de $US voire plus. Savons-nous d’où nous venons?

UNE PLAQUE TECTONIQUE S’EST DÉPLACÉE.

Il y a quatre ans, à la passation de pouvoir entre l’ancien et le nouveau présidents, le pays en était à 4 milliards !

Il faut le reconnaître. Depuis 2019, année de l’arrivée au pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, au plan des Finances publiques, un changement de paradigme s’est opéré, une plaque tectonique s’est déplacée dans le pays.
Il faut féliciter une gouvernance des Finances publiques, une nouvelle vision de mobilisation inattendue des recettes et de recouvrement des créances.
Et, nul doute, un homme à la manœuvre : le président de la République, le Chef de l’État qui a misé sur un gendarme d’exception : l’Inspection Générale des Finances conduite par un nouvel homme, Jules Alingete Key recruté en mars 2019, c’est-à-dire, dans les trois mois qui ont suivi l’investiture du nouveau président du pays. Signe d’une vision affirmée dès le départ…
Certes, la fonction fait l’homme. Mais c’est l’homme qui fait la fonction…
Qu’avait pu être l’IGF depuis les années Mobutu après l’un de ses patrons, Léon Kazumba-Luaula ? Personne n’entendait plus jamais parler de l’Inspection Générale des Finances, le Gouvernement n’en avait cure ; l’édifice avait littéralement été porté à terre ; le personnel avait déserté les bureaux et est allé voir ailleurs.
Avec Alingete Key qui n’avait pu s’empêcher de suivre le mouvement général, qui avait connu les failles de ce service de l’État, qui savait où résidait le problème, les choses ont repris dès sa prise de fonctions et le résultat est à la clé.
Le contrôle de gestion dans les ministères, dans les entreprises publiques, dans les services de l’État, dans les administrations provinciales ; la publication des divers rapports de contrôle de gestion ; la mise à la disposition de la justice des personnes soupçonnées ; la clameur publique qui s’en suit, etc. ; tout cela a eu les effets bénéfiques sur les chiffres du Trésor public.
Depuis trois ans, il n’existe pas de prise de parole publique ou privée, de discours sur l’état de la Nation en lien avec le salut de la nation sans que le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo n’évoque l’apport de l’Inspection Générale des Finances ou ne jette des fleurs sur le travail de ce grand service de l’État.
Certes, il faut citer les dernières politiques mises en place et menées par le nouveau ministre des Finances Nicolas Serge Kazadi Kadima-Nzuji en direction des régies financières (Direction Générale des Impôts, DGI ; Direction Générale des Douanes et Accises, DGDA ; Direction Générale des Ressources Administratives et Domaniales, DGRAD) ont donné leur part.
Mais sans la peur du gendarme – la brigade financière de l’IGF – ces chiffres auraient-ils pu être au rendez-vous ?
Il est vrai que malgré ces succès, le Congo est loin de la coupe aux lèvres…
Ces milliards de $US engrangés au bénéfice du Trésor public doivent encore être mieux canalisés pour atteindre leurs objectifs en mettant le cap sur les priorités.
En premier lieu les infrastructures… de mobilité qui manquent cruellement au pays (les voies de communication, la lutte contre les érosions, etc.). Sans les infrastructures routières, la vie est impossible.
Puis, les questions de sécurité et de défense nationale (la montée en puissance des forces de défense, seules en mesure d’assurer et de garantir l’intégrité, la souveraineté nationale, le respect, la considération, le retour du pays dans le cercle des Nations) doivent être au cœur des préoccupations des responsables politiques.
Ensuite, le social (l’eau, l’électricité, la santé, l’école, les salaires, le niveau de vie des Congolais, etc.).
D’ici décembre 2023, cela sera-t-il possible quand 2023 est l’année électorale, avec l’organisation de plusieurs élections prévues par la CÉNI, la Commission Électorale Nationale Indépendante (la présidentielle, les législatives nationales, provinciales et locales, etc.), en clair, une année très politique avec ses initiatives diverses attendues ?

INITIATIVES POLITIQUES EN MUTUALISATION.
L’une d’elles est celle publiée dès le jour d’après Noël, le 26 décembre 2022, qui regroupe trois personnalités, l’ancien premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon, candidat déclaré à la présidence de la République ; Martin Fayulu Madidi, le candidat malheureux à la présidence de la République de 2018 qui s’est annoncé dans la course de 2023 ; le Dr Denis Mukwege, directeur de l’hôpital Panzi, à Bukavu, Prix Nobel de la Paix 2018 annoncé (mais non confirmé) à la candidature à la Haute Charge du pays. Parmi les exigences susceptibles « de créer les conditions optimales d’un processus électoral impartial, inclusif, crédible et apaisé sur l’ensemble du territoire», l’initiative de ces trois hommes réclame, dans une « déclaration commune» datée du 26 décembre 2022, « la levée de l’état de siège» dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, «la sécurisation des élections» dans les provinces du Sud-Kivu, du Nord-Kivu, de l’Ituri, de Maï-Ndombe et du Kwilu; «la recomposition immédiate de la CÉNI», «la recomposition urgente de la Cour constitutionnelle», « le consensus sur la loi électorale, les centres d’inscription d’électeurs et du calendrier électoral», « l’arrêt des poursuites judiciaires à l’encontre du Sénateur Matata Ponyo Mapon, conformément à l’article 168 de la Constitution ».
L’initiative réclame aussi «la rupture des relations diplomatiques avec le Rwanda et la fermeture de toutes les frontière avec ce pays», «le retrait immédiat des éléments du M23 de toutes les positions qu’ils occupent», « le retour des 6 millions de déplacés internes congolais dans leurs territoires ». Puis : « la stabilité de la RDC et de la région dépend d’un processus électoral impartial, inclusif et crédible ainsi que la prise en compte effective de nos préoccupations et recommandations ci-dessus ».
La question qui vient à l’esprit est celle-ci : d’autres personnalités et organisations politiques ou celles de la société civile vont-elles initier des alliances ou rejoindre cette initiative pour donner lieu à quoi ? Au dialogue ou à des négociations politiques ? Seule l’année qui arrive à pas de géant nous donnera la réponse.
Il reste à se demander si la politique permet tout. Dans le but de diaboliser un adversaire, tout devient-il toujours possible ? Lorsqu’une suspicion aussi précise et aussi détaillée émanant d’un service respecté de l’État, à savoir, l’Inspection Générale des Finances, accable à ce point un ancien Premier ministre s’agissant de la dilapidation d’au moins 200 millions de $US dans un faux projet, comment expliquer qu’une personnalité de la société civile, un Prix Nobel de la Paix connue à l’échelle planétaire et une autre qui se passe pour « l’homme de la vérité », parviennent à mutualiser leurs moyens dans une démarche consistant à empêcher les Congolais de connaître ne serait-ce qu’un pan de ce dossier de mystère tant vanté sous le régime Kabila, à savoir, le projet dit du «Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo»?
Comment le droit et la morale peuvent-ils accepter que plusieurs millions de $US provenant des fonds publics puissent être utilisés désormais dans une opération «Effacer le tableau»?
Si «le médecin qui répare les femmes» décide de sauter le pas, en descendant désormais dans l’arène politique et en rejoignant la cause de l’ancien premier ministre accusé de détournement massif et d’enrichissement illicite par un service de l’État cité à l’international comme référence, n’a-t-il pas commis une faute irréparable? Comment moralement ce Nobel de la Paix pourrait expliquer que la justice ne poursuive pas un tel criminel ?

T. MATOTU.

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