Que contient le coffre-fort ?

Que contient le coffre-fort ?

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.

Le Soft International n°1579|lundi 3 avril 2023.

Lors d’un huis-clos le 14 juin 2022, le président de l’Assemblée nationale Christophe Mboso N’Kodia Pwanga était très en colère face à la montée de violence dans le pays, en province de l’Ituri et au Nord-Kivu. Face à ses collègues Députés, face à ceux du Kivu, il n’avait pas mâché ses mots : « Chers Collègues Députés du Grand Kivu, sortez des groupes armés ».
Façon d’annoncer qu’une traque contre des Députés mêlés avec des groupes armés était lancée ou allait être lancée? Des mots qui résonnent aujourd’hui quand la Haute Cour Militaire tient à la garnison de Kinshasa le procès du Député Édouard Mwangachuchu Hizi.
Si, au lendemain de ces propos incendiaires, les Députés et l’opinion publique avaient réclamé que le président de l’Assemblée nationale achève son discours en citant les noms des députés mêlés aux groupes armés, Christophe Mboso N’Kodia Pwanga n’en a plus jamais vraiment reparlé en public même si la semaine dernière, il a « espéré » que le changement intervenu au ministère de la Défense, lors du dernier remaniement ministériel, apporte un changement.
« Je crois que l’affaire Kwamouth, nous devons nous investir tous. L’armée et la police ne doivent pas travailler seules. Elles doivent travailler avec notre concours. Mais seulement, il y a des gens qui s’improvisent un peu, gênent la situation. Moi, je voulais venir à Kwamouth. Mais malheureusement il y a… Bon! J’ai dit bon! J’attends. L’affaire est vraie; l’affaire est grave. Tout près de la ville de Kinshasa, nous n’avons plus le contrôle du fleuve. Des militaires! On a assassiné des jeunes marins. Tous ont péri. Et c’est à Kinshasa. Maluku. J’espère qu’avec l’arrivée d’un nouveau ministre de la Défense, les choses vont changer. J’espère… J’espère…». Signe évident d’extrême inquiétude !
Deuxième personnalité de l’État, le président de l’Assemblée nationale ne pouvait pas prononcer des mots aussi graves en l’air. Il savait dans ce dossier ce qu’il se passait dans le pays et ce qu’il allait se passer.
Huit mois après ce discours, le 1er mars 2023, un homme – Édouard Mwangachuchu Hizi – est appréhendé dans sa résidence de Kinshasa, dans la commune de la Gombe.
Le 28 février, dans le Nord-Kivu, territoire de Masisi, une force d’autodéfense locale avait fait part de la découverte de deux caches d’armes dans l’une de ses mines sur le site de Rubaya qui exploite le coltan. C’est de ces mines que Mwangachuchu Hizi a reçues officiellement en exploitation en propriété personnelle pour une durée de 35 ans, de 2015 à 2050, que provient plus de 50 % de minerais de coltan produit au Congo, exporté au Rwanda faisant du Rwanda le plus grand producteur mondial d’un minerai stratégique.
Nom de la société dont Mwangachuchu Hizi est propriétaire avec cinq de ses enfants : SMB, Société Minière de Bisunzu Sarl.
Ces caches d’armes furent découvertes après des violents combats ayant opposé les forces loyalistes des FARDC et les rebelles du M23.
C’est après ces découvertes à Rubaya que les services de sécurité mènent une perquisition à Kinshasa chez Mwangachuchu Hizi où ils font d’autres découvertes. Quarante-deux munitions de guerre, du matériel militaire, des clés USB, des caméras, etc.

UN SERRURIER PROFESSIONNEL.
Très vite, le Député est suspecté d’être le grand financier des groupes armés pour lesquels il achèterait armes et munitions.
Édouard Mwangachuchu Hizi est un natif du territoire de Rutshuru, province du Nord-Kivu. Chrétien Adventiste du 7ème Jour, il fut membre d’une ancienne milice armée du Nord-Kivu muée en 2009 en parti politique, le CNDP, Congrès National pour la Défense du Peuple dont il est désormais le président. Une rébellion armée alors dirigée par un autre Chrétien Adventiste du 7ème Jour, Laurent Nkundabatware Mihigo réfugié au Rwanda quand, à la défaite de cette rébellion, les forces loyalistes des FARDC cherchent à le capturer.
Mwangachuchu est député du CNDP, circonscription de Masisi. Président d’un groupe parlementaire, il siège à la Commission Économique et Financière à la Chambre basse.
Deux jours après son arrestation, il est présenté le 3 mars devant la Haute Cour Militaire en procédure de flagrance. Avec lui, un présumé complice, le commissaire principal de la police nationale, Robert Mushamaliwa Balike, gardien de sa résidence à Goma. D’autres suspects sont arrêtés au Nord-Kivu et acheminés à Kinshasa.
Les griefs retenus contre ce député dont les immunités et autres privilèges ont, en régime de flagrance, cessé ? Trahison, atteinte à la sûreté de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel, détention illégale des munitions de guerre, association de malfaiteurs et incitation des militaires à commettre des actes contraires à la discipline. En 2019, Mwangachuchu avait déjà été soupçonné de soutenir des rebelles mais avait fait valoir la thèse de «complot» contre sa personne. Il fut également accusé d’entretenir une milice privée, responsable de l’insécurité dans le Masisi.
Le 14 mars, les juges militaires fixent l’audience publique pour le 21 mars. C’est le mardi 28 mars que celle-ci a lieu. Si le Député reconnaît être le propriétaire de l’arme GP et de 42 munitions de guerre trouvées à son domicile, il dit détenir l’autorisation officielle de port d’armes accordée par le ministre de l’Intérieur et nie avoir enfreint la loi.
Avocat de la partie civile, Me Pungu Yodi présente la prochaine audience de cette affaire qui a lieu mardi 4 avril: « L’autorisation de port d’armes que M. Mwangachuchu prétend avoir eue des autorités compétentes et l’ouverture du coffre-fort ». Celui-ci a été saisi au domicile du député.
Quels biens sont stockés dans ce coffre-fort. Quel en est le code et où en sont les clés ? Devant la cour, le prévenu ne se rappelle de rien. Il dit ne disposer d’aucune clé de ce coffre-fort. Des réponses qui ont poussé le ministère public suivi par les juges d’ordonner le perçage de ce coffre-fort par un serrurier professionnel qui casserait le verrou de la porte avec un pied de biche ou un burin ou ferait sauter la serrure avec un marteau ou autres outils adaptés.
Pas question cependant de transporter cette armoire dans l’enceinte de l’usine spécialisée dans le traitement de métal. Tel Chanic Métal. Pour la démolition du système d’ouverture, ce qui rendra de ce coffre-fort inutilisable, le ministère public a requis un serrurier qui viendra faire ce travail sur place, face aux juges, face au public. Mardi 4 avril, on en saura plus.

D. DADEI.

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