Pourquoi ils l’ont tué

Pourquoi ils l’ont tué

KINSHASA, PARIS, BRUXELLES.

Le Soft International n°1588|LUNdi 24 JUIllet 2023.

Aux juges, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, de rechercher désormais la vérité s’ils y parviennent, de punir conformément aux lois du pays, l’homme ou la femme qui a donné la mort le jeudi 13 juillet 2023 à Chérubin Okende Senga. Une semaine après l’incroyable assassinat dans la capitale d’une personnalité politique de premier plan, la question qui nous intéresse n’est plus de savoir qui a commis ce crime innommable, le premier connu à ce point dans le pays après celui du 17 janvier 1961 au Katanga du premier Premier ministre congolais Patrice-Émery Lumumba mais plutôt pourquoi a-t-on commis cet assassinat, peut-être et mieux, pourquoi l’a-t-on fait en ce moment alors que le Congo, il faut le reconnaître, vit une période pré-électorale de tension absolue comme c’est souvent le cas dans nombre de pays dans le monde ?

Chercher à connaître les mobiles de cet assassinat rapprocherait davantage de l’assassin (des assassins) et du commanditaire (des commanditaires) de ce crime dont a fait les frais le porte-parole du parti Ensemble du multimillionnaire Moïse Katumbi Chapwe.

D’abord, au fait, dans quel cas de figure un homme public se trouverait en situation de mettre sa vie en danger ?

Première hypothèse, s’il venait de participer à un coup quelconque et qu’il venait de s’évaporer dans la nature sans rendre compte à ses complices. Ceux-ci se mettraient dans une telle colère, ils seraient de leur point de vue si déshonorés qu’ils pourraient à tout prix chercher noise à cet homme surtout si celui-ci en a tiré grand bénéfice. C’est le cas du Zaïrois Aimé-Noël Atembina, conseiller militaire du gouvernement zaïrois à l’époque de la guerre de l’Afdl. Atembina se promenait en voiture en France, dans les Alpes, avec un compatriote, un chef Maï Maï du Kivu, Philémon Naluhwindja. Les deux hommes furent étêtés à Chasse-sur-Rhône et calcinés, le 29 décembre 2000, à bord du véhicule. Une affaire d’achat d’armes qui aurait mal tourné? En 2016, une dépêche de l’Agence France-Presse avance plusieurs mobiles : trafic d’or ou d’uranium ou une barbouzerie. Reste qu’un homme d’affaires belge Benoit Chatel, informateur des services secrets français, fut jugé en son absence et condamné le 27 février 2015 à 20 ans de prison. La justice française qui l’avait reconnu comme l’homme qui avait commandité l’assassinat de ces deux Zaïrois lança un mandat d’arrêt international mais reçut un certificat de décès mexicain attestant que Benoit Chatel était mort d’un infarctus à Mexico le 14 juillet 2013. Un document mis en doute par les milieux judiciaires français.

 

QUEL CAS DE FIGURE ?

Le deuxième cas de figure qui mettrait en danger la vie d’un homme public ? C’est celui d’un homme qui en savait trop ou beaucoup trop, qui menacerait de déballer ce qu’il en sait en tentant de faire chanter ceux avec qui il avait en partage ce secret. En un mot, l’homme qui chercherait à « éventrer le boa », l’expression fit le buzz sous Mobutu, lors de la CNS, la Conférence Nationale Souveraine.

Avoir été dans un coup et se volatiliser en emportant tout avec soi, pour soi-même, savoir beaucoup ou trop d’une affaire – complot par exemple – et menacer de le porter à la connaissance du public, voilà deux cas qui paraissent dangereux pour la vie d’un homme public.

Dans quel cas de figure, le ministre honoraire des Transports et Voies de Communication du Gouvernement de l’Union Sacrée Chérubin Okende Senga se serait trouvé au point de mettre sa vie en danger ?

Une question qui devrait intéresser au plus haut point les enquêteurs, les inspecteurs, les magistrats, les juges et qui pourrait accélérer les enquêtes.

Au Soft International, on n’a pas connu Chérubin Okende Senga. Peut-être l’un ou l’autre l’a rencontré au hasard sans dire s’il avait poussé plus loin cette rencontre. Mais à voir cet homme qui aimait les médias, à l’entendre lors de sa seconde vie à la faillite de la compagnie aérienne congolaise LAC dont il fut Administrateur Directeur Technique, puis, Administrateur-Directeur Général a.i, Chérubin Okende Senga n’aura donné l’image ni d’un extrémiste, ni d’un excessif, ni d’un personnage violent… Tous les témoignages vont dans ce sens. Cachait-il sa vraie nature ?

À la veille de son départ volontaire du Gouvernement de l’Union Sacrée, alors que tous les médias l’annonçaient sur le départ pour répondre à l’appel pressant de son parti politique Ensemble, il assurait étrangement sa « loyauté » – c’est le mot entendu de sa bouche – au Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Comment logiquement rechercher vers le Pouvoir ceux qui auraient donné la mort à cet homme? Après son départ, Le Soft International n’a pas entendu Chérubin Okende Senga critiquer le Gouvernement auquel il avait appartenu.

Même si une certaine logique politique peut pousser à des incohérences verbales voulant tirer profit d’un momentum en cherchant à affaiblir l’adversaire, peut-on perdre à ce point l’intelligence au risque d’être rattrapé demain ? Une colère compréhensible ne devrait-elle pas être contenue dans des zones raisonnables ?

On entend parler d’« affaire d’État ». Pense-t-on que l’État congolais aurait pu avoir à se reprocher quelque chose au point d’ouvrir lui-même – sans que nul ne le lui demande publiquement – les portes du pays à des magistrats étrangers, belges, américains, sud-africains, etc., mieux outillés dans la recherche de la vérité ? Certes, la disparition brutale d’un homme public a toujours interpellé les consciences. Mais deux affaires similaires éclaireraient encore mieux les Congolais. L’assassinat de Floribert Chebeya trouvé mort le matin du 2 juin 2010 à bord de son véhicule. Un assassinat maquillé. Ses assassins laissèrent du plastic de protection sur la banquette arrière. Clairement, ils voulaient cacher leur acte en faisant croire que le défenseur des droits de l’homme avait vécu eu un moment de joie qui avait mal tourné. S’agissant d’une personnalité de la société civile connue à l’international, alors que les chancelleries s’étaient émues au lendemain de l’annonce de cette mort, le Gouvernement avait-il ouvert les portes à une enquête internationale? Deuxième affaire : le meurtre des experts onusiens – l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zahida Katalan dont les têtes furent sauvagement tranchées en mars 2017 au Kasaï. Alors que les Nations-Unies réclamaient haut et fort une enquête internationale en vue d’identifier les criminels et de les punir, a-t-on vu le Congo s’ouvrir à cette demande ? Le pays n’avait-il pas eu de cesse d’opposer sa souveraineté ?

Autre aspect trouble. À un moment où rien n’échappe à personne, que cela se passe la nuit ou le jour et quand cela se passe en pleine journée, devant des bâtiments publics, pourquoi et comment aucune vidéo, aucune image n’a à ce jour été dévoilée montrant ce que certains ont appelé un «enlèvement en pleine journée» et pourquoi la personnalité publique au volant de son véhicule n’avait pas su crier au secours ?

Était-il face à des «amis» venus à sa rencontre « amicalement » ? Ceci renvoie à un scénario survenu en Afrique du Sud quand un réfugié se fiant à ses compatriotes qu’il crut venus lui rendre visite les a invités dans sa chambre d’hôtel sans qu’il ne sache qu’ils étaient là pour lui donner la mort.

En renouvelant nos condoléances à la famille du disparu, Le Soft International espère que la Justice aidera le Congo et les Congolais à en savoir plus sur cet acte ignoble.

 

LE SOFT INTERNATIONAL.

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