Le Ministre de l’ESU semble avoir outrepassé ses pouvoirs

Le Ministre de l’ESU semble avoir outrepassé ses pouvoirs

Les états Généraux de l’Enseignement Supérieur et Universitaire de la RDC ouverts le 10 septembre à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut Katanga, et qui ont fermé leurs portes le 14 septembre, sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Ayant réuni dans la capitale du cuivre environ 300 experts, responsables de plusieurs universités du pays, ces assises ont donné lieu à plusieurs recommandations dont certaines sont en application.

Ainsi, le ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, Butondo Muhindo Nzangi, qui a ouvert et clôturé ces travaux qui avaient pour but de pousser les scientifiques à réfléchir sur les options qui doivent être envisagées pour le redressement du système éducatif congolais au niveau du supérieur, a déjà commencé à prendre des décisions. Notamment la nomination des recteurs des Universités. L’une des décisions du ministre Butondo Muhindo Nzangi annoncée après ces états Généraux concerne la fermeture des facultés de médecine dans nombre d’universités du pays.

Dans une note circulaire datée du 17 septembre 2021, Butondo Muhindo Nzangi rend publique une liste de 16 Universités autorisées à organiser des enseignements en médecine au Congo. Il s’agit de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) ; de l’Université de Lubumbashi (UNILU) ; de l’Université de Kisangani (UNIKIS) ; de l’Université catholique de Bukavu (UCB) ; de l’Université Protestante du Congo (UPC) ; de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) ; de l’Université de Kikwit (UNIKIK) ; de l’Université Officielle de Bukavu (UOB) ; de l’Université de Goma (UNIGOM) ; de l’Université de Tshumbe (UNITSHU) ; de l’Université Catholique de Graben (UCG); de l’Université Kongo (UK) ; de l’Université de Mbandaka (UNIMBA) ; de l’Université Libre des Pays de Grands Lacs (ULPGL) ; de l’Université de Kindu (UNIKI) ; de l »Université Officielle de Mbuji-Mayi (UOM). Cette dernière décision issue des assises de Lubumbashi a donné lieu à des commentaires du président national du GREC, Groupe de réflexion des élites du Congo, Djo Kelengayi. Ci-après:

I. De la forme.

La théorie de l’acte contraire ou le parallélisme de forme voudrait que les facultés de médecine ayant reçu l’autorisation de fonctionner par voie d’arrêté soient fermées par la même voie. Quelle est la préséance juridique d’un circulaire sur un arrêté ?

II. Du fond.

1. Je ne pense que l’Ordre de médecins a dans sa prérogative la compétence de proposer les listes des facultés de médecine qui doivent être fermées. L’Ordre de médecin est une juridiction spécialisée de l’ordre administratif sensée réguler la profession de médecin autrement dit veiller au respect de l’éthique médicale (déontologie médicale).

2. Le sort réservé des étudiants en cours de cursus académique des facultés de médecine fermées n’est pas bien explicité.

3. La RDC à moins de 5% des médecins par rapport aux 100% attendus selon l’OMS (démographie et étendue) . S’il prétend résoudre le problème de qualité des médecins, quelle est la réponse réservée à la problématique de la quantité des médecins en RDC ? En RDC un médecin est pour plus de 10.000 habitants, tandis que dans certains pays d’Afrique, un pour 50 habitants déjà.

4. En voulant résoudre le problème de la qualité de l’exercice médical, quelle est la réponse réservée aux tradi-praticiens qui exercent la fonction médicale (chirurgie, les prescriptions médicales, etc.) en violation flagrante de règles de l’art , et le plus dramatique ils utilisent par voie médiatique leur médecine moderne tradi-praticienne

III. De l’objectivité.

Nous vivons le siècle de lumière, quels sont les critères objectifs de cotation qui ont permis la sélection des universités viables ?

Je ne pense pas que les enseignements qui se donnent à l’Université Simon Kimbangu et Université Technologique Bel Campus, lesquels pour la plupart sont animés par les mêmes professeurs de l’UNIKIN soient de moindre qualité que ceux de l’Université de Tshumbe. Autant pour l’infrastructure, le nombre d’étudiants et le CHU. Certains aînés qui ont formé au stage académique de 4ème doctorat aux Cliniques universitaires de l’université de Kinshasa sont ressortissants de l’USK et Bel Campus, ont prouvé de quoi ils étaient capables. Je n’ai jamais entendu le nom d’un médecin de l’Université de Tshumbe.

Le problème n’est pas seulement la faculté de médecine, mais l’enseignement supérieur dans son ensemble. Quelle est la réponse réservée pour les facultés de Droit, des Sciences politiques, de l’économies, des Relations internationales, de Gestion des Entreprises, de l’Organisation du Travail qui souffrent tous de mêmes maux?

Si, aujourd’hui, la portée téléologique du métier médical est de s’occuper de la santé d’un être humain, pour les juristes et autres des sciences sociales, c’est pour la santé et la vie de la société. Voudrions-nous sous estimer la qualité de ceux qui sont appelés à réguler la santé et le fonctionnement de la société (juriste, politologue, psychologue, etc.) au profit de ceux qui régulent la santé d’individus (médecin)?

Le corps humain est régi par des lois physicobiologiques qui assurent l’homéostasie du milieu intérieur sans régulation externe, impossible d’une telle simulation pour la société.

Une décision ayant des préjudices pareils venant de l’État devrait à priori avoir l’approbation du Conseil des ministres. Pour justifier d’une part son opposabilité et d’autre part l’objectivité dans la sélection des facultés à fermer.

La dégradation de la qualité de l’enseignement supérieur et universitaire en RDC est dûe à la modicité des salaires des enseignants, aux conditions de travail précaires, à l’absence des politiques appropriées. La plupart des enseignants qualifiés ont opté pour la politique en remerciant la science et la noble profession d’enseignant.

Quelle est la réponse du ministre ?

Si la viabilité dont est question est basée sur le nombre de professeurs requis pour son fonctionnement, quelle est la politique mise en place pour rehausser le nombre de professeurs aujourd’hui, dont la plupart d’anciens boursiers ?

La Constitution du 18 février 2006 de la République démocratique du Congo telle que modifiée à ce jour par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution, nous garantit de nous opposer à une décision illégale, arbitraire qui relève de l’abus du pouvoir.

Le GREC demande à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État et au Premier Ministre de revoir cette décision discriminatoire qui devrait être traité au Conseil des ministres.

DJO KELENGAYI.

Président du GREC.

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