L’annonce du MLC et l’accord de Lusaka

L’annonce du MLC et l’accord de Lusaka

Sait-on comment est né, le 30 septembre 1998 à Kisangani, le MLC, Mouvement de Libération du Congo de Jean-Pierre Bemba Gombo, et l’avancée du pays alors en guerre à l’Accord de Lusaka signé de juillet 1998 à juillet 1999 par les diverses parties prenantes, belligérants non congolais et belligérants congolais et dont la non-application conduisit à l’assassinat le 16 janvier 2001 du président Laurent-Désiré Kabila abattu dans le bureau de sa résidence officielle, le Palais de Marbre, à Kinshasa? Une page d’histoire…

Le 2 août 1998, le RCD, Rassemblement Congolais pour la Démocratie, à sa tête Ernest Wamba dia Wamba, président, Moïse Nyarugabo, 1er vice-président, Arthur Zahidi Ngoma, 2ème vice-président, Vincent de Paul Lunda Bululu, coordonnateur du comité exécutif, soutenu par le Rwanda et l’Ouganda, déclenche la deuxième guerre de libération au Congo, cette fois, contre leur ex-protégé Laurent-Désiré Kabila.
La rébellion prend le contrôle des meilleures unités des FAC, Forces Armées Congolaises, l’armée de Kabila, que le gouvernement avait déployées à l’est. Ces unités mutinées deviennent le noyau de la branche armée du RCD sous la dénomination d’ANC, Armée Nationale Congolaise. Mécontent de la trop grande influence supposée du Rwanda sur le RCD, l’Ouganda encourage la création d’un deuxième mouvement de libération. Ainsi, naît, dans le cadre d’un partenariat stratégique entre le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, Jean-Pierre Bemba et des Congolais (Jean-Pierre Singo, Colonel Karawa, Guy Solo, Samuel Simene, Papy Kibonge, Maman Nzenze, José Ngoto, Charlotte Bongumba ) le 30 septembre 1998, un mouvement politico-militaire, MLC, le Mouvement de Libération du Congo. Ce, contre la volonté du RCD qui contrôle militairement la ville.
Le jour de l’annonce officielle de la création du MLC, à l’hôtel Olympia, le patron du G-2 à Kisangani, le service de sécurité et de renseignement militaire du RCD, le commandant Laurent Nkunda, originaire du territoire de Rutshuru, Nord-Kivu, disperse les premiers sympathisants du MLC. Jean-Pierre Bemba prend peur, délègue son pouvoir à Papy Kibonge qui en fait l’annonce.
Les hauts cadres du MLC, qui ont été rejoints par un autre groupe de fondateurs (Valentin Senga, Alain Munanga, Aaron Shabani, Delphin Etula, Jean-Claude Bilola, etc.) quittent Kisangani et se lancent à la conquête des territoires de la province de l’Equateur.
Face à cette coalition de ses anciens alliés, l’Ouganda et le Rwanda, qui appuient les deux nouveaux mouvements de libération, le président Laurent-Désiré Kabila fait appel aux pays de la SADC. Trois pays répondent présents: Angola, Zimbabwe et Namibie. Voire même le Tchad, soutenu par la Lybie. Mais les troupes tchadiennes ne restent pas longtemps au Congo. Après une cuisante défaite de ses troupes au pont Bilo, situé entre Buta et Dulia, dans le Bas-Uélé, le président Idriss Deby se retire de cette guerre impossible en échange de la libération de ses militaires capturés au front.
La guerre de 1998 va rapidement devenir très complexe puisqu’en réalité, elle est composée de plusieurs conflits.
1. les Congolais se battent entre eux (RCD-MLC contre le pouvoir de Laurent-Désiré Kabila) ;
2. les pays africains qui se battent au Congo (Angola – Zimbabwe – Namibie – Tchad contre l’Ouganda – le Rwanda) ;
3. les pays voisins qui se battent au Congo avec leurs propres rébellions. Le MPLA angolais contre l’UNITA ; l’armée rwandaise contre les rebelles rwandais FDLR, les Interhamwé ; l’armée ougandaise contre les LRA ; les ADF-NALU ; le gouvernement burundais contre le FDD et FNL ;
4. les groupes de résistance Mai-Mai qui se battent contre les armées du RCD, du RCD-KML ainsi que les armées de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi.
En vue de résoudre cette équation complexe que devient cette guerre du Congo qualifiée de première guerre mondiale africaine, la communauté internationale (Union Africaine, Union Européenne, Etats-Unis, Nations-Unies, SADC, etc.) encourage la signature d’un accord de cessez-le-feu entre les belligérants. C’est l’Accord de Lusaka. Il est signé le 10 juillet 1998 par les belligérants non congolais (Angola, Namibie, Zimbabwe, Ouganda, Rwanda) et le Gouvernement de Kinshasa. Le MLC signe le 30 juillet 1999 et, enfin, le RCD le 31 août 1999 certainement empêché sinon troublé par la première guerre de Kisangani qui a lieu du 14 au 17 août 1999 entre l’armée rwandaise, soutient du RCD-Goma et l’armée ougandaise, soutient des forces du RCD-Kisangani.

LES SOLUTIONS DE L’ACCORD DE LUSAKA.
L’Accord de Lusaka prévoit cinq mécanismes pour résoudre la complexe crise congolaise :
1. Le cessez-le-feu entre toutes les forces belligérantes ;
2. Le retrait du territoire congolais de toutes les forces étrangères ;
3. Le déploiement d’une force onusienne pour veiller au respect du cessez-le-feu et au retrait des troupes étrangères.
C’est en application de cette disposition que le Conseil de Sécurité des Nations-Unies crée, par sa résolution 1279 du 30 novembre 1999, la mission de l’organisation de Nation-Unies au Congo, MONUC qui deviendra MONUSCO le 1er juillet 2010. Elle compte aujourd’hui 462 observateurs militaires, 19.461 soldats, 1090 policiers. 60 Etats dans le monde contribuent dans cette mission.
4. L’organisation d’un dialogue national entre Congolais devant aboutir à un nouvel ordre politique et à la réconciliation nationale dans le pays ;
5. La formation d’une armée nationale restructurée et intégrée, incluant les forces du gouvernement de Kinshasa, du RCD et du MLC. Le RCD-KML n’apparaîtra que plus tard comme entité autonome impliquée dans le processus du Dialogue.
Si les négociations et les signatures de l’Accord de Lusaka ont été très laborieuses, son application sera encore plus difficile à la suite surtout du nationalisme exacerbé du président Laurent-Désiré Kabila qui considère qu’on lui a forcé la main pour signer cet accord. Dans cet accord, il reconnait, non seulement les «soi-disant mouvements de libération» (RCD et MLC), parce que pour lui, le Congo a été simplement agressé par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, mais il partage le même statut de «belligérant congolais» avec ses mouvements rebelles.
Laurent-Désiré Kabila commence à tergiverser dans l’application de l’accord sur trois points.
Lui et son équipe créent une distinction qui n’existe pas dans l’accord, entre troupes étrangères invitées et troupes étrangères non invitées. Pour lui, les troupes non invitées par le gouvernement congolais (Ouganda, Rwanda et Burundi, ce dernier n’a jamais reconnu la présence de ses troupes au Congo et n’est donc pas signataire de l’Accord de Lusaka) doivent quitter en premier le territoire congolais. Tandis que les troupes invitées (Angola, Zimbabwe et Namibie) peuvent encore rester quand les autres signataires de l’Accord et même les témoins, signataires de cet accord (Nation-Unies, UA, SADC et Zambie), le retrait des troupes étrangères doit se faire de manière concomitante.
Alors que la désignation de l’ancien président du Botswana comme facilitateur du Dialogue a été longue et laborieuse (l’Accord prévoyait la désignation du facilitateur dans les quinze jours de sa signature, Ketumile Masire, l’homme aux cinq doctorats, a été désigné par consensus en décembre 1999, soit quatre mois plus tard), Laurent-Désiré Kabila le récuse. Le 19 juin 2000, le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila ferme les bureaux de la facilitation à Kinshasa en y apposant les scellés.
En juillet 2000, le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Yerodia Ndombasi, déclare que le Dialogue Inter-Congolais prévu par l’Accord de Lusaka ne pouvait se tenir. Le 19 octobre, le ministre de l’Information, Dominique Sakombi Inongo, informe l’opinion, dans un communiqué, que la récusation de Ketumile Masire lui a été signifiée formellement par écrit. Entre Laurent-Désiré Kabila et Ketumile Masire, la rupture est consommée. S’ensuit l’impasse du processus de réconciliation du pays.
A la place du dialogue, Laurent-Désiré Kabila propose un dialogue national aux mouvements rebelles qui le rejettent en bloc. En mai 2000, Laurent-Désiré Kabila s’oppose au déploiement des forces onusiennes dans la partie du pays contrôlée par le gouvernement. Sa méfiance à l’égard des casques bleus provient de sa conviction que son idole, Patrice-Emery Lumumba, a été arrêté et assassiné à la suite de la complaisance, si pas de la complicité, des forces onusiennes déployées au Congo en 1960.
En novembre 2000, des experts de la crise congolaise sont d’accord au moins sur un point : Laurent-Désiré Kabila est l’obstacle majeur à la fin de cette guerre qui connaît de nombreuses violations du cessez-le-feu, de part et d’autre. Se fondant sur les déclarations rassurantes de ses alliés, Laurent-Désiré Kabila ne se rend pas compte que l’application de l’Accord de Lusaka était primordiale pour tous les belligérants étrangers engagés dans la guerre au Congo.
En effet, cette application leur permettrait de résoudre trois problèmes qu’ils avaient en commun. D’abord la guerre coûte cher. Entretenir des troupes et mener des opérations militaires en dehors de leurs propres frontières peut présenter un coût financier et logistique énorme pour des pays pauvres. Ensuite, la cohabitation avec les populations locales n’est pas évidente pour ces armées étrangères perçues comme des forces d’occupation et suscitaient des mouvements de résistance patriotique. Surtout dans la partie Est.
Enfin, l’application de l’Accord de Lusaka permettrait une sortie rapide et honorable du bourbier congolais de toutes les forces étrangères. Il n’y aurait ni vainqueur ni vaincu. Ainsi naît le projet d’élimination physique de Laurent-Désiré Kabila concocté par des chancelleries en complicité avec des proches collaborateurs du président. Projet mis en exécution le 16 janvier 2001.

THOMAS LUHAKA.

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