Des morts à n’en point finir à Kinshasa

Des morts à n’en point finir à Kinshasa

Une vraie série noire à Kinshasa. Des morts comme jamais dans la Capitale. A Matongé, commune de Kalamu, au 13, avenue Zoao, une famille de cinq personnes décimée dans la nuit de jeudi 24 à vendredi 25 février dans un incendie: un père de nationalité guinéenne, son épouse congolaise, leurs trois jeunes.
C’est vers 1 heure du matin que les voisins ont été alertés par un feu. La première action entreprise a été de couper l’électricité. Sans résultat…
Une tragédie qui rappelle celle du chef du protocole et des relations publiques de la maison civile du Chef de l’Etat-. Dans la nuit de samedi 27 novembre 2021, Alpha Ntumba Katala et cinq de ses six enfants sont morts calcinés dans un incendie qui a ravagé leur maison aux petites heures du matin.
Les 11 et 12 janvier, dans la commune de Matete, quartier De bonhomme, Héritier et Glodys Mongoloka, deux membres d’une même famille ont été tués, eux aussi, par un incendie criminel.
« Vers 8h-9h, nous avons vu une quarantaine de personnes venir en chantant. Nous sommes entrés dans la parcelle et nous avons fermé le portail pensant qu’ils passaient. Ils ont escaladé le mur et ont commencé à tout casser dans la maison. Un garçon qu’ils appelaient Eto’o, est intervenu en disant : «c’est l’autre maison qu’il faut attaquer », raconte un témoin.
« Ils ont versé de l’essence et ont mis le feu sur Héritier, notre autre frère puis ils les ont enfermés en flamme dans la maison. Après leur départ, nous avons trouvé Glodi déjà mort sur le lit, Héritier grièvement brûlé a rendu l’âme plus tard aux Cliniques universitaires. Nous avons deux morts dans la parcelle», poursuit le témoin.
Et la série continue…
Elle rappelle ces 25 morts dont 23 femmes à Matadi Kibala. Des commerçantes d’un marché mal situé le long de la route traversé par un câble électrique tombé sur le marché qu’aucun responsable politique ou de la société d’électricité Snél n’avait interpellé.

QUE FONT LES POLITIQUES?
Une tragédie qui a, à nouveau, plongé le pays en émoi, gouvernements provincial et national en tête comme si les politiques n’existaient que pour déplorer, non prévenir.
« L’exécutif provincial ne transigera plus jamais sur le non-respect des normes urbanistiques. Il faudrait que nous tous, nous puissions respecter les lois de la République. J’annonce ici devant le Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde que l’exécutif provincial de Kinshasa n’acceptera plus jamais la violation des lois du pays et des occupations illégales devant les avenues pour bâtir des maisons, pour en faire des marchés publics. Donc, toutes les constructions anarchiques ne seront plus jamais tolérées à Kinshasa », a s’est rappellé le 11 février, lors des funérailles, le gouverneur Gentiny Mbaka Ngobila, surpris par une tragédie prévisible jurant d’aller en guerre contre toute construction anarchique. L’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu a regretté un drame qui a allongé la liste des morts qui peuvent être évités à travers le pays, «exprimant de nouveau toute sa tristesse ainsi que toute sa compassion et sa proximité spirituelle et affective aux familles en deuil ainsi qu’à toutes les personnes touchées de près ou de loin par cet accident malheureux. La mort de nos frères et sœurs dans des circonstances pour le moins incompréhensibles et inquiétantes laisse un vide immense en même temps qu’elles suscitent beaucoup de questions. La perte en vies humaines au marché de Matadi Kibala n’était-elle pas évitable ? Ne s’agit-il pas là des morts de trop qui viennent allonger la série des décès évitables et révoltants dans la ville de Kinshasa et dans notre pays la République Démocratique du Congo ? Quelle est notre part de responsabilité dans ce qui est arrivé ? Par delà de toutes ces questions auxquelles il nous faut apporter des réponses adéquates, il y a, à considérer la parole de Dieu, cette parole de Dieu qui seule peut nous éclairer, consoler et conforter notre expérience dans la résurrection des morts», a déclaré le Cardinal à la messe.
En rappelant les autorités à remplir leur mission de protéger et sécuriser les personnes.
«Au-delà de cette espérance de la résurrection des morts, je voudrais que le drame du marché Matadi Kibala nous interpelle tous et toutes, chacun dans sa responsabilité et en particulier nos autorités politico-administratives qui ont reçu la charge de veiller sur les biens et sur la sécurité de leurs compatriotes. Chers autorités politico-administratives, comment avez-vous laissé un marché s’installer impunément sur la voie publique et à un endroit à très haut risque ? Et cela au mépris de la loi existante de l’État en cette matière. Comment c’est possible ? Pourquoi? Les autorités chargées pourtant de faire observer et d’exécuter toutes les mesures sécuritaires n’étaient-elles pas à temps passer à l’acte ? Il est donc inconcevable qu’on fasse cohabiter sur le même endroit le passage d’une ligne de haute tension avec un marché, comment c’est possible ? Pourquoi une telle passivité et une telle négligence qui frise l’irresponsabilité? Nous portons tous et toutes une grande part de responsabilité dans ce qui est arrivé et personne ne devrait avoir la conscience en paix face à un tel drame, car nous avons fermé les yeux sur le danger que présente non seulement le marché de Matadi Kibala par rapport à la ligne de haute de tension de courant mais nous avons aussi sur l’installation anarchique d’un marché sur la voie publique où passent des gros camions entre Matadi et Kinshasa». La question : le pays est-il condamné?

ALUNGA MBUWA.

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