Le pape François viendra-t-il au Congo?

Le pape François viendra-t-il au Congo?

Après l’avoir annulé en 2017 sous Kabila pour des raisons politiques, le Pape François, 85 ans, qui «souffre de fortes douleurs au genou suite à un ligament endommagé» qui vient de le contraindre à annuler rencontres et voyages prévus à son agenda, et qui a subi des infiltrations consistant en des injections d’anti-inflammatoires à base de corticoïdes, est apparu ces derniers semaines, pour la première fois en public, selon dépêches d’agences de presse et médias italiens, «particulièrement en difficulté en fauteuil roulant». Fera-t-il le voyage du 2 juillet au Congo? Si la question est dans toutes les bouches, Catholiques et Chrétiens du monde ont mis le Souverain Pontife dans leurs prières. Selon deux sources du Vatican ayant requis l’anonymat, «la santé du pape était (désormais) la principale préoccupation». Annulation de plusieurs rendez-vous, impossibilité de se tenir debout, infiltration, etc., la santé de François inquiète médias et catholiques du monde. Se rendra-t-il au Congo et au Sud-Soudan du 2 au 7 juillet, deux pays africains en proie à des violences et auxquels il manifeste une attention particulière?

En 2017, sous Joseph Kabila, les relations entre Kinshasa et le Vatican sont au plus bas. Le 13 septembre 2017, de retour du Kasaï, frappé par des violences meurtrières depuis 2016 (plus de 3.000 morts, 1,5 million de déplacés), l’Argentin Mgr Luis Mariano Montemayor, nonce apostolique annonce l’annulation du voyage de François. Il viendra après la tenue de la présidentielle, élection qui devait se tenir en décembre 2016, qui, une année plus tard, n’était pas programmée.
« Le Pape voulait venir. Le Saint-Siège a dit clairement aux autorités congolaises qu’il est en faveur des élections qui sont établies par la Constitution », explique le nonce à la radio onusienne Okapi. Puis : «Quand il y aura élection, on sera sûr qu’il y aura les conditions d’une pacification du pays. Avant ça, (il y a) risque de manipulation, d’exploitation de la visite du Saint-Père. Soit pour dire qu’il appuie la continuation du gouvernement illégitime. Soit pour ceux qui (…) espèrent expulser le régime en fonction des mouvements populaires».
C’est la deuxième fois que ce nonce, remplacé l’année suivante par l’évêque italien Ettore Balestrero, évoque publiquement le refus du pape de se rendre au Congo invoquant la situation politique.
Ce voyage, prévu en juillet ou août 2017, avait été reporté le 30 juin, pour éviter «des manipulations politiques qui pourraient diviser la nation», avait déjà précisé Mgr Luis Mariano Montemayor évoquant le vif intérêt du Pape pour le Congo.
« J’ai longuement parlé avec le Saint-Père. Pensez que la dernière fois que nous nous sommes réunis, il était en train de recevoir Trump (le président américain). Mais, il m’a réservé une heure pour parler du Congo. C’est pour vous dire jusqu’à quel point il est intéressé (par la question)». Un intérêt qui se double d’un jugement très négatif sur la classe politique et l’État congolais. Le nonce assure que le Pape «est attristé par une certaine distance que l’on perçoit entre la classe politique et son peuple».
De lâcher : «L’État (congolais) a une tradition d’État prédateur de son peuple». Une sentence publique rare, juge à Paris le quotidien français catholique La Croix. Marqué par ce qu’il avait vu au Kasaï, Luis Mariano Montemayor s’interroge sur la passivité des autorités : «Pourquoi le pape doit appeler à sauver les enfants, alors que je n’ai pas senti la classe dirigeante kasaïenne de n’importe quel parti s’engager dans un cri qui pouvait mobiliser la solidarité du Congolais qui s’est mobilisé pour les autres crises du pays? Ça nous étonne. Et nous exhortons, à changer d’attitude, la classe dirigeante kasaïenne et même le gouvernement!»
Sept millions d’enfants seraient affectés par cette crise, selon l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance pour qui, «les enfants du Kasaï ont un accès très réduit à l’éducation, à la santé, à l’eau, à l’assainissement».
Depuis des mois, l’Église catholique se mobilise sur la crise du Kasaï. La nonciature a donné le bilan de quelque 3.000 morts.
Le 13 septembre, le nonce réitère sa demande de faire acheminer au plus vite de la nourriture et des médicaments aux milliers de déplacés du Kasaï, à Luiza, au sud de Kananga, où aucune aide humanitaire n’était arrivée.
Le 2 avril 2017, François avait lancé un appel à la paix au Congo en déplorant «les affrontements sanguinaires» dans le Kasaï. «J’exhorte tous à prier pour la paix, afin que les cœurs des auteurs de ces crimes ne restent pas esclaves de la haine et de la violence», avait-il ajouté.
Le 17 janvier 2020, après les élections du 30 décembre 2018, le Pape reçoit au Vatican le nouveau président du pays, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Le Président «veut jouer (avec l’Église catholique) la carte de l’apaisement, tourner la page des mauvaises relations», estime le professeur de l’Université catholique de Lille, spécialiste de la diplomatie vaticane, François Mabille.
Le Président remet au Pape l’invitation de se rendre dans ce qui «constitue peut-être le dernier grand bastion de l’Église catholique en Afrique», explique Mabille.
Pays laïc de quelque 90 millions d’habitants, la religion reste omniprésente avec 40% de catholiques, 35% de protestants ou affiliés aux Églises du Réveil, 9% de musulmans et 10% de kimbanguistes. Nouvelles dates fixées : du 2 au 5 juillet 2022. «Je crois qu’il est aussi important de souligner la durée de la visite : trois jours, c’est donc long, si l’on tient compte de la durée moyenne des autres voyages. C’est une preuve de l’importance qu’il attache à cette visite et c’est la preuve de son affection pour votre peuple», se réjouit, devant des médias et la Conférence épiscopale nationale du Congo, CÉNCO, Mgr Ettore Balestrero.
Dans le passé, un pape, Jean-Paul II, s’est rendu deux fois dans l’alors Zaïre.
Programme : rencontre à Kinshasa avec le Président de la République au Palais de la Nation dès l’arrivée du Pape ; rencontre avec les officiels, le corps diplomatique et la société civile ; deux heures de célébration eucharistique le lendemain sur le site de Ndolo ; aller-retour le 4 juin à Goma, théâtre depuis plus de 25 ans de violences de groupes armés ; célébration eucharistique sur le terrain de Kibumba, dans la périphérie de la ville ; rencontre avec les victimes des violences ; départ le 5 juillet au Sud-Soudan. «François vient comme un pèlerin de Dieu. Il vient à la rencontre du peuple congolais tout entier, et je voudrais que tous et toutes, dans le pays, se sentent «visités» par le Pape», souhaite Mgr Balestrero.
«Tant de choses se sont passées. Il y a eu deux guerres et le pays a connu de nombreuses vicissitudes, si bien que la RDC qui accueillera le Pape François est bien différente du pays qui a accueilli Saint Jean Paul II. Mais elle le fera avec le même amour et le même enthousiasme», explique le Nonce pour qui, le Pape veut regarder le peuple congolais dans les yeux et parler à son cœur pour le réconforter et pour l’encourager dans la foi au Christ, dans l’amour envers l’Église et dans l’espérance pour l’avenir. «En même temps, il l’invite à la réconciliation et à cultiver le sentiment d’être tous frères et sœurs. Le Pape vient apporter un message de réconciliation et d’encouragement».
Pour Mgr Marcel Utembi Tapa, le président de la CÉNCO, «le Pape vient (…) raviver l’espérance du peuple congolais qui a besoin de la paix, de la sécurité et du bien-être».
Côté archevêque de Kinshasa, le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, un autre son de cloche :
«La visite du Pape n’a rien à voir avec l’honorabilité, la bonté ou la sainteté du pouvoir en place. Le principe, c’est que le Pape visite tout le monde. Il ne vient pas parce qu’il a porté une évaluation du régime en place, mais il vient visiter le peuple. Il vient en Pasteur. Il vient apporter le réconfort de Jésus à un peuple qui a souffert. C’est cela sa visite. Cela n’a rien à voir avec un jugement de valeur sur la gouvernance du régime actuel ».
Viendra-t-il ? Le 9 mai, le Pape a reporté son voyage au Liban prévu en juin. Depuis des semaines, le Souverain Pontife souffre de douleurs au genou et au dos. Le 4 mai au matin, à l’audience générale, il s’est excusé de ne pouvoir se déplacer pour saluer la foule présente. La veille, dans un entretien au Corriere della Sera, il expliquait l’état de son genou qui l’empêchait de marcher. Selon le quotidien italien, le Pape devait recevoir des infiltrations pour le soulager. «J’ai un ligament déchiré. Je vais subir une opération avec des infiltrations et nous verrons bien (…). Je suis dans cet état depuis un certain temps, je ne peux pas marcher», a confié le Pape de 85 ans qui n’a pas pu se lever pour accueillir ses interlocuteurs. «Les médecins m’ont dit que je devais rester assis pour le genou». François glisse que, par le passé, les papes ont utilisé la «sedia gestatoria» (une chaise à porteurs). «Il faut un peu de douleur, un peu d’humiliation…», enchaîne-t-il.
Aucun détail sur cette opération. L’infiltration au genou correspond à l’injection d’antidouleurs pour soulager l’articulation. Ce type d’opération ne nécessite pas d’anesthésie générale et se pratique aisément dans un cabinet de médecine de ville. Le patient peut en sentir les bénéfices rapidement. Quelques jours auparavant, dimanche 30 avril, il avait expliqué aux pèlerins venus de Slovaquie que sa jambe n’était «pas bonne». «Elle ne fonctionne pas», glissant que son médecin lui avait demandé de ne pas marcher. «J’aime marcher, mais cette fois, je dois obéir au docteur». Avec cette gonalgie aiguë qui l’empêche de marcher normalement et a entraîné de nombreux changements dans son emploi du temps, le Pape est apparu, ces derniers mois, diminué. Lors de la Vigile pascale, il a délégué la présidence de la célébration au cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Sacré-Collège. Durant toute la Semaine sainte, il a évité de rester trop longtemps debout et a limité au maximum ses déplacements pédestres.
Début avril, lors de son voyage à Malte, il s’était confié aux journalistes sur son souci au genou, alors que pour la première fois, il avait dû user d’un élévateur pour monter dans l’avion. «Ma santé est un peu capricieuse, car j’ai ce problème au genou qui fait ressortir des problèmes de mobilité, pour marcher. C’est un peu fatigant mais cela s’améliore», avait-il assuré. Pourtant, lors de ce voyage, malgré sa fatigue et ses difficultés à se déplacer, il avait tenu à marcher sur un sinueux sentier menant à un centre d’accueil pour migrants.
En juillet 2021, il avait subi une lourde opération au côlon. Hospitalisé durant dix jours après une anesthésie générale, il avait confié par la suite que les médecins lui avaient retiré 33 cm d’intestin. Un mois plus tard, il avait balayé les rumeurs d’une démission pour raison de santé que colportaient des médias italiens. «Quand le Pape est malade, il y a toujours une brise ou un ouragan de conclave», avait-il ironisé.Souhaitons le meilleur au Pape. Bienvenu au Souverain Pontife.

avec AGENCES.

 

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