Le Roi et le Pape arrivent au Congo

Le Roi et le Pape arrivent au Congo

En juin et juillet, le Congo va connaître deux visites importantes. Dès demain mardi 7 juin, celle officielle du roi des Belges Philippe qui restera au Congo six jours avec pour objectif de relancer le partenariat entre Kinshasa et Bruxelles, selon le communiqué du palais royal mais aussi poursuivre le travail de mémoire sur la période coloniale, encore omniprésente dans les esprits. Une visite en réponse à l’invitation du président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avec une forte portée symbolique, deux ans après que le roi Philippe eût exprimé dans une lettre au Chef de l’État congolais ses « plus profonds regrets » pour les « blessures » de la colonisation. Le roi se rendra également à Lubumbashi et à Bukavu.
La deuxième visite est celle qui débute le 2 juillet du Pape François qui arrive au Congo à la date annoncée malgré son problème au niveau de genoux, a confirmé le Nonce apostolique. Le Souverain Pontife se rendra également dans les Kivu, à Goma, le 4 juillet où malgré les combats récents, le Souverain Pontife dira une messe sur un site au nord de la ville, au pied du volcan Nyiragongo.
Deux visites qui témoignent de l’intérêt que l’extérieur porte au Congo malgré ses crises politiques et ses interminables conflits armés.
Le 31 juin 2021, jour de l’indépendance du Congo, le Souverain belge, qui règne depuis 2013, avait présenté, pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, «ses plus profonds regrets pour les blessures» infligées lors de la période coloniale belge, dans une lettre adressée au président Tshisekedi.
« Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé dont la douleur est aujourd’hui ravivée par les discriminations encore présentes dans nos sociétés ». Dans cette lette écrite à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du Congo, le roi Philippe devient le premier souverain belge régnant à exprimer ses regrets. Une lettre qui fut rendue publique sur le compte Twitter de l’ambassade de Belgique à Kinshasa.
«À l’époque de l’État indépendant du Congo (quand le territoire congolais était la propriété de l’ex roi Léopold II, ndlr), des actes de violence et de cruauté ont été commis, qui pèsent encore sur notre mémoire collective », reconnaît le roi. «La période coloniale qui a suivi (celle du Congo belge de 1908 à 1960) a également causé des souffrances et des humiliations», poursuit le roi dans une lettre intervenue dans le contexte de la mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié fin mai 2021 par un policier blanc à Minneapolis aux États-Unis. Cette mort avait ravivé en Belgique le débat sur les violences de la période coloniale au Congo et sur la personnalité très controversée de Léopold II qui régna de 1865 à 1909. De nombreuses statues représentant l’ancien souverain à la longue barbe furent déboulonnées ou vandalisées, à Bruxelles et Anvers notamment, le plus souvent recouvertes de peinture rouge symbolisant le sang versé par les Congolais. Le Parlement avait réagi en mettant sur pied une commission spéciale chargée de «faire la clarté» sur ce passé. C’est aussi en 2020 que les enfants de Patrice Lumumba ont obtenu de la justice belge la restitution d’une dent attribuée au héros assassiné de la lutte anticoloniale, l’éphémère premier Premier ministre du Congo indépendant. Après plusieurs reports, la cérémonie de restitution est prévue à Bruxelles le 20 juin 2022, point de départ de commémorations.

DERNIER GRAND BASTION DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE.
Philippe arrive au Congo accompagné de son épouse, la reine Mathilde et de membres du gouvernement belge dont le Premier ministre Alexander De Croo et l’ex-Première ministre aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès qui avait, début 2020, effectué une première visite au Congo après des années de refroidissement sous le régime Kabila. Bruxelles critiquait alors le maintien au pouvoir du président Kabila au-delà de son deuxième mandat, en violation de la Constitution congolaise avec pour conséquence la suspension de la coopération bilatérale notamment militaire.
Le roi veut contribuer au « nouveau souffle » donné au partenariat depuis 2019, souligne-t-on au palais royal. Il s’agit d’«encourager les efforts de réforme».
Initialement prévue en juin 2020 pour le 60e anniversaire de l’Indépendance, cette visite a été reportée trois fois en raison de la pandémie de coronavirus puis de la guerre en Ukraine.
Elle intervient dans un contexte de regain de violences dans le Nord-Kivu, où le Congo accuse le pays voisin, le Rwanda, de soutenir des rebelles armés du mouvement M-23. La Belgique a appelé à un arrêt « immédiat » des combats, qui provoquent l’exode de milliers de civils. Deux étapes après Kinshasa sont prévues pour cette visite du souverain belge douze ans après la dernière visite d’un souverain belge, Albert II en 2010. Après Kinshasa où le roi doit prononcer un discours mercredi 8 juin lors d’une cérémonie avec le Président congolais devant le Palais de la Nation, la délégation belge sera vendredi 10 juin face aux étudiants de l’Université de Lubumbashi. «Il y aura aussi une référence au passé colonial», a indiqué le palais royal belge, sans plus de précisions.
La dernière étape de ce périple est prévue le 12 juin à Bukavu, dans la clinique du gynécologue Denis Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 pour son combat contre les violences sexuelles. Santé, éducation, formation, protection des forêts : Philippe et Mathilde auront au fil de leur visite un aperçu des secteurs où s’exerce l’aide au développement du Congo, dont la Belgique est un partenaire clé, quatrième bailleur de fonds du géant africain après les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Une visite le 8 juin au Musée national dans la Capitale permettra également d’aborder la question de la restitution des objets d’art à l’ex-colonie, pour laquelle le gouvernement belge a défini une feuille de route en 2021.
Quant à la visite du pape François, la première visite papale au Congo depuis 37 ans, quand Jean-Paul II était venu deux fois, dont en 1985, dans le pays, et qui l’avait annulée en 2017 sous Kabila pour des raisons politiques, elle permettra au souverain pontife de se rendre au pied du volcan Nyiragongo, dont la dernière éruption remonte à mai 2021. Là, il dira une messe au camp de Kibunda et rencontrera, à 17 heures, les victimes de la violence à Beni au Centre d’accueil du Diocèse de Goma. «Le choix même du site représente toute la symbolique de la visite», selon Patrick Muyaya Katembwe, porte-parole du gouvernement. «C’est sur ce site-là qu’il y a eu l’éruption et c’est là qu’il y a eu des incursions répétées», a déclaré le ministre congolais.
Fin mai, des combats violents ont opposé l’armée congolaise au « Mouvement du 23 mars » (M23) une ancienne rébellion tutsie réapparue fin 2021. Kinshasa accuse le Rwanda voisin de soutenir cette rébellion, ce que Kigali nie malgré des preuves présentées par les FARDC. « Donc la sécurité est une question cruciale», a déclaré Muyaya. «Nous travaillons avec la Monusco et les équipes du Vatican pour nous assurer que la sécurité sera assurée sur ce site exactement comme ça va l’être ici à Kinshasa», a-t-il poursuivi, en comptant aussi sur l’effet pacificateur de la visite du pape. «Lorsque vous recevez le Saint-Père, il vous amène la sécurité », a-t-il estimé.
L’Église catholique, avec ses 35 millions de fidèles au Congo, constitue un corps social important au Congo, le dernier grand bastion de l’Église catholique en Afrique contrariée par la progression des évangéliques sur le Continent, selon nombre d’experts religieux.
Outre plus de 60% des écoles, deux universités et des hôpitaux sont gérés par l’Église. La CÉNCO, la Conférence épiscopale nationale du Congo, s’est impliquée dans le «dialogue national» avec des initiatives à Kinshasa au centre inter-diocésain pour l’instauration d’une élection présidentielle crédible. Si elle avait fait des déclarations diverses au lendemain de la publication des résultats de la présidentielle de 2018, elle a fini par accepter le verdict de la Cour constitutionnelle. Une partie de la communauté catholique estime que l’Église aurait dû rester dans son rôle spirituel et ne pas s’engager autant sur la question politique.
avec AGENCES.

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