À Kinshasa, la vie dévastée par un énorme ravin

À Kinshasa, la vie dévastée par un énorme ravin

Rue principale transformée en ravin, maisons éventrées, cour d’école au bord du précipice : à Ngansele, les habitants assistent impuissants à l’érosion qui engloutit tout sur son passage dans ce quartier du sud de Kinshasa, conséquence d’un urbanisme sauvage.

Dans la commune populaire et déshéritée de Mont-Ngafula, construite sur les hauteurs, cette érosion spectaculaire a remplacé une rue asphaltée par un gouffre d’au moins 15 mètres de profondeur. En haut de la falaise, de grosses canalisations d’eau, hors d’usage, sont suspendues dans le vide. Pour traverser ce qui fut la rue séparant Ngansele du quartier voisin de Ngalasi, les riverains se fraient tant bien que mal un chemin à l’intérieur de ce ravin au sable mouvant. 

L’érosion a coupé net l’avenue de l’Université dans son tronçon qui relie l’Université de Kinshasa à Kimwenza-Mission, agglomération abritant plusieurs établissements scolaires et l’une des plus grandes bibliothèques d’Afrique Centrale, tenue par les Jésuites.

Veuve et mère de sept enfants, Espérance Tsimba, 57 ans, a vu sa boutique engloutie un jour de pluie. «J’ai perdu mon business. Depuis, il m’est difficile de scolariser mes enfants», dit-elle, réclamant «la construction de caniveaux» pour canaliser les eaux. Pour tenter de protéger leur domicile, les riverains construisent des digues en empilant des sacs remplis de sable, dans l’espoir de ralentir l’éboulement.

Au fond de la vallée, cinq hommes placent également des sacs de sable censés dévier la trajectoire des eaux de pluie, tandis qu’en aval, à une centaine de mètres, à la surface, un véhicule de chantier aplanit et égalise le sable sur la chaussée. L’engin appartient à une entreprise chinoise, dont les responsables congolais sur le terrain ne souhaitent pas parler. 

L’érosion a commencé il y a environ six ans. «Ce n’est pas la première fois que des travaux de réhabilitation de la route sont lancés. Cela s’est fait à plusieurs reprises, mais sans jamais aboutir», déclare Sylvain Nsumbu, directeur d’une école primaire menacée par l’érosion. Ce nouveau démarrage des travaux intervient après des manifestations organisées pour interpeller les autorités, racontent les riverains.

LE PIRE A CRAINDRE.

«Nous avons fait des marches jusqu’à bloquer la Nationale 1 qui traverse notre commune», explique Magloire Kangondi.

«Nous demandons cette fois-ci que ça aille jusqu’au bout», implore Sylvain Nsumbu, qui a vu le mur de clôture de son école tomber dans le ravin et dit vivre avec «un danger permanent» depuis. Ici, «c’est la cour, les enfants y jouent pendant la recréation. Avant que l’érosion n’arrive, nous avions un portail ici, la clôture était là, il y avait même des mamans qui vendaient juste devant», dit-il en montrant le vide, là où se trouvait l’entrée de cet établissement de 170 enfants. Cette situation «nous fait très mal, nous avons aussi une école maternelle où les tout petits ont 4 ans, 5 ans, et doivent traverser ce ravin», ajoute-t-il, la mort dans l’âme.

Troisième ville la plus peuplée d’Afrique, Kinshasa, avec quelque 12 millions d’habitants, a vu sa population doubler en 20 ans. La ville s’est étendue de manière souvent anarchique, des quartiers ont poussé sans viabilisation correcte, notamment sur les collines de la périphérie. «L’État congolais, garant de la chose publique, doit prendre ses responsabilités en urbanisant le quartier», estime-t-il. Alors que les pluies sont de retour, on craint ici le pire en se rappelant qu’en novembre 2019, une quarantaine de personnes avaient trouvé la mort dans la ville, victimes de pluies diluviennes qui avaient provoqué inondations et glissements de terrains. Mont-Ngafula avait été l’une des communes les plus touchées.

MARTHE BOSUANDOLE.
Afp, 28 novembre 2021, 7h00.

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