Engen et Dangote font irruption dans le secteur des hydrocarbures au Congo

Engen et Dangote font irruption dans le secteur des hydrocarbures au Congo

Face au risque récurrent d’une rupture de stock, Sonahydroc, la Société Nationale des Hydrocarbures (ex-Cohydro), compte sceller un partenariat avec une raffinerie pour son ravitaillement en temps utile. Une dizaine d’entreprises ont été présélectionnées, la SudAf Engen Refinery, Dangote Petroleum du Nigérian Aliko Dangote et le Marocain Samir Mohammedia. Il y a aussi l’Emirati Code Red, l’Ivoirien Etoil Energy, le Qatari Laffan, etc, le Botswanais Ocean South et un seul Congolais, Group Kevaude de Bobozo Masamba Vungbo dit Bobo Newman.

L’entreprise congolaise est pourtant reprise à la DGI, la Direction Générale des Impôts, parmi les PME d’import/ export.
RAS, Rien À Signaler sur la Socir, la Société congolaise des industries de raffinage la firme sur qui le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo mise pour le succès du programme de reconstruction des 145 territoires.
Le président de la République a chargé la ministre d’État en charge du Portefeuille Adèle Kahinda Mayina de diriger la Commission spéciale chargée de la relance des activités de Socir dont la production des bitumes qui constituent les matériaux de base pour la construction des routes dans le cadre du programme de résilience des 145 territoires.
Pourtant, une autre raffinerie, plutôt que celle de la Socir, devrait déjà ronronner fin 2021-début 2022, en rade de Muanda. En 2019, le Chef de l’État s’était engagé de donner aux Congolais du carburant made and by DRC. Mais pour le ministre des Hydrocarbures Didier Bidimbu Ntubuanga, le brut du Congo extrait à Muanda est si lourd que le raffiner ne serait guère rentable. Et la Socir, un éléphant blanc. En clair, Bidimbu a repris un discours de longue date tenu par des pétroliers producteurs.

QUAND BIDIMBU ENTRE EN SCENE.
Pis ! Alors que le Sep, le Service des entreprises pétrolières redoute, pour la seconde fois, en l’espace de quelques jours, une rupture dans la fourniture des produits pétroliers, Didier Bidimbu Ntubuanga se veut rassurant : « (… ) à travers ses fournisseurs, le Congo a passé des commandes et des bateaux sont entrain d’arriver».
Il reconnaît tout de même que par ce temps crise ukrainienne, « on peut beau disposer des ressources financières mais on ne sait où s’approvisionner…».
Jamais, depuis sa création, un Congolais n’a été à la tête de Sep. Le poste le plus élevé occupé par un national est celui de D-ga. Les parts de l’État représenté par la Sonahydroc se sont érodées à près de 36% à la suite d’un montage d’actions échafaudé à la Camorra par des entreprises commerciales, Engen en tête. Ce sont ces entreprises privées et étrangères qui font la loi dans le secteur de distribution des produits pétroliers importés à quasiment 100%. Et pourtant, le président de la République avait levé l’option d’un approvisionnement domestique en 2019.
Il est, en effet, rappelé que le principal conseiller du Chef de l’État en matière des Hydrocarbures, Adalbert Jules Makutu, avait sur instruction du président de la République, conduit une délégation d’experts en pétrole à Houston, au Texas, pour négocier, avec le pétrolier V Fuels, l’implantation d’une nouvelle raffinerie au Congo. Il avait même été établi que dans les deux prochaines années, en 2022, la raffinerie serait opérationnelle. Mais voilà que le ministre des Hydrocarbures ignore tout.
Il faut rappeler que Bidimbu Ntubuanga avait publiquement reconnu qu’il avait dû prendre deux semaines, au lendemain de sa prise de fonctions, pour s’imprégner de l’abc des Hydrocarbures. Formation trop insuffisante ou erreur de casting ?
En 2019, les comptes du ministère des Hydrocarbures avaient aligné une prévision budgétaire de près de 56.000.000.000 CDF, environ 30 millions de $US à l’époque, pour la construction d’une nouvelle raffinerie. Des experts avaient même annoncé que la raffinerie serait gérée par la Sonahydroc, entreprise d’État. Mais rien n’est venu. Dans le budget 2020-2021, il n’est plus question de construire une raffinerie mais d’acquérir trois micro-raffineries toujours sur ressources propres de l’État. Mais rien n’a été acheté. En 2022, le projet inhérent à une raffinerie a été élagué du budget général du pays. De l’avis des experts, le lobbying des pétroliers producteurs et des entreprises commerciales a payé ! «Des intérêts privés occultes qui s’enchevêtrent, réduisant l’État en un sleeping partner», pour citer le professeur José Bafala Itumbela, ancien de la Socir, de l’ex-Cohydro, ex-DirCaba du ministre des Hydrocarbures, auteur de « L’industrie pétrolière en RDC : des réseaux d’intérêts croisés pour le profit d’aujourd’hui ou de demain ».

RECOURS A DES POTS-DE-VIN?
Certains font état de pots-de-vin que les sociétés commerciales auraient versés. Ce n’est certainement pas une révélation…
Est-ce dans cette logique que le ministre des Hydrocarbures a mordu à l’hameçon de la thèse selon laquelle le brut du Muanda est trop lourd et de piètre qualité ? La Dgi et la Dgrad, la Direction générale des recettes administratives, domaniales, judiciaires et de participations, ont reçu du gouvernement l’autorisation de recouper, auprès des pays importateurs du brut congolais, les statistiques des productions et des ventes effectuées par les pétroliers producteurs Perenco, Mioc, Inpex (Teikoku) qui a cédé, fin 2021, ses parts à Perenco. Non seulement que tous les producteurs autant que les sociétés commerciales ont dû changer de noms pour tourner le fisc en bourrique, mais les résultats de cette mission ont jamais été rendus publics, depuis huit ans, tout comme l’audit initié par l’État dans les entreprises commerciales pétrolières !
À ce jour, l’État ne table que sur le principe de sincérité pour espérer que les pétroliers producteurs déclarent des chiffres réels de leur production. Hélas ! Malgré un cinquième avenant accordé aux pétroliers producteurs par l’alors Premier ministre Bruno Tshibala Nzenze, en 2017, le volume de production du brut est resté celui d’il y a cinquante ans, soit, en dessous de 30.000 barils/jour alors que Perenco et les autres producteurs se sont dotés d’un tanker de stockage appelé Kalamu, d’une capacité de 1.000.000 de barils. L’État congolais ne dispose pas de part en nature, même pas un litre ! Son représentant, la Société nationale des Hydrocarbures n’effectue, en fait, aucune commercialisation du brut congolais. Entre 1964 et 1994, Sozir, la Société zaïro-italienne de raffinerie, puis congolo-italienne, du temps de l’Afdl et actuellement, Société congolaise des industries de raffinage, raffinait bel et bien le brut de Muanda, contrairement aux allégations du ministre des Hydrocarbures. Sa capacité annuelle installée était de 750.000 tonnes métriques de brut léger.
Certes, la raffinerie, qui était à sa création jusqu’à 1994, trente ans durant, une joint-venture entre l’Italien ENI/AGIP et l’État, n’a jamais atteint les 50% de sa production escomptée. Mais la Socir a quand même couvert, à la fin des années 80, les besoins en hydrocarbures du pays à concurrence de 100% pour le gasoil, le fuel et le GPL, 88% pour l’essence auto et 86% pour le Jet. Après trente ans d’activités, en 1994, les Italiens d’ENI n’ont pas renouvelé la joint-venture. Un feuilleton digne de «Congo Papers» que le nouveau pouvoir Afdl offre. Le conglomérat des aventuriers et des opportunistes, selon l’expression de l’alors président du pays Laurent-Désiré Kabila, cède les parts d’ENI à une entreprise dénommée X, juste comme on dit d’une identité inconnue.

ETONNANTS PROPOS DE LA FIRME X.
Dans son rapport annuel 2008, le Copirep, le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du portefeuille atteste même que la Socir a été débaptisée X-Oil. Cette dénomination éphémère est la conséquence des décisions d’une assemblée générale ténébreuse de l’entreprise tenue en 1998. Des questions restent encore entières, note le professeur José Bafala Itumbela.
Alors qu’en 1996, la raffinerie venait d’être réhabilitée, sur fonds propres de la Socir, pour un montant de 26 millions de $US. Sur quelle base et quels critères, s’interroge l’expert, X-Oil s’est affichée avec le montant de 2.5 millions de $US pour reprendre les parts (50 %) des Italiens d’ANIC Spa, filiale d’ENI, co-partenaire de l’État congolais dans Socir? Pourtant, il y avait des prétendants sérieux pour relancer la joint-venture mais que, hélas !, les nouvelles autorités de l’Afdl, sainte-nitouches, ont refusé de revers de la main. Mobil et Shell, par exemple, comptaient raffiner le brut de Muanda avec des propres condensats. Et, à l’époque, la valeur assurée de la raffinerie était de 91 millions de $US. Et professeur José Bafala Itumbela de s’interroger sur l’apport de X-Oil à ce jour dans la raffinerie comme actionnaire B? Il évoque également ce contrat d’assistance technique qui a contraint la Socir à transférer 350.000 $US par trimestre à X qui est actionnaire B pendant que la raffinerie était en arrêt alors que, précédemment, pour le même type de contrat convenu avec Agip, au moment où la raffinerie tournait, la Socir ne dépensait que 100.000 $US. Pour sa survie, la Socir se reconvertit dans la logistique pétrolière, juste comme SEP Congo, mais en amont, c’est-à-dire, dans la réception des tankers pétroliers de haute mer, le stockage des cargaisons des produits pétroliers importés par les entreprises pétrolières opérant au Congo et ensuite leur transbordement sur ses propres tankers à fond plat. La Socir va par la suite se lancer dans la production du gaz distribuée à Kinshasa par Coete-Gaz. Mais pour le projet de la production du bitume, la Socir dirigée alors par le D-G Franck Beausaert, qui représente, en fait, la firme X, annonce son abandon parce que les essais préliminaires auraient démontré que la silice, une substance abrasive contenue dans les sables asphaltiques de Mavuma, provoquait une corrosion intense sur les pompes des installations industrielles de la Socir. Pourtant, du matériel importé continuait d’arriver, il y a encore quelques mois, pour le montage de cette usine, notent des experts. Adèle Kahinda Mayina va-t-elle rétablir la vérité ?

POLD LEVI.

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